Articles

La Fin de la guerre froide, Juan Trejo

Image
Ed. Actes Sud, traduit de l'espagnol par Amandine Py, mai 2017, 333 pages, 22.50 euros.


Des catastrophes sont venues jalonner notre monde, un instant T dans notre poursuite effrénée du bonheur dans une société de surconsommation et de plus en plus amnésique. Juan Trejo raconte l'histoire de trois personnages très différents mais qu'un de ces instants va rapprocher.

Dona, Tomas et Zheng ne se connaissent pas mais ce jour-là ils sont tous les trois à Barcelone.  L'américaine Dona est hôtesse de l'air en escale, et a rejoint un de ces amants réguliers. Zheng est chinoise et participe à un voyage d'agrément avec son mari organisé par la compagnie de ce dernier. Quant à Tomas il vit à cet endroit depuis toujours, et cette ville a permis à sa famille d'accéder à la grosse bourgeoisie.
En avril 1986, chacun a vécu différemment l'annonce de la catastrophe de Tchernobyl, et plus ou moins inconsciemment, celle-ci a eu des conséquences sur leur manière d'appréh…

Le Tour du monde du roi Zibeline, Jean-Christophe Rufin

Image
Ed. Gallimard, avril 2017, 384 pages, 20 euros.


Conteur hors pair, Jean-Christophe Rufin emmène son lecteur dans des lieux inconnus et incertains à la veille de la Révolution Française, avec une facilité déconcertante.
Encore un Rufin ! pourriez-vous vous étonner, tant l'auteur est prolifique même s'il n'en est pas au rythme légendaire de Joyce Carol Oates ! Cette fois-ci, Il revient à ses premiers amours, à savoir le roman à caractère historique, après avoir goûté à l'essai, et même au roman d'anticipation.
Le titre lui-même est une invitation au voyage puisqu'il nous parle de tour du monde et d'un personnage que le grand public ne connaît pas. Dès lors, va-t-on rentrer dans de la fiction pur ou dans la biographie romancée ? Les notes en fin de page et la quatrième de couverture précisent que l'histoire est authentique ; Rufin l'a romancée pour en faire un texte à deux voix (les deux protagonistes, en l'occurrence un couple) aux tons et aux sens…

Billet d'humeur (22) De la solitude du lecteur

Image
Si je devais résumer mon attitude face à la lecture, ce serait un tableau de Hopper de 1932, Room in New York, même si le sujet central de l'oeuvre semble être d'abord la solitude du couple. Je choisis de l’interpréter à ma façon en ne me focalisant que sur le personnage féminin. Sans prétention aucune, je me reconnais dans l'attitude de cette femme en robe rouge, qui tourne le dos à son époux en train de lire le journal, simplement pour pouvoir poser son livre (roman ?) et le lire en paix. Tourner le dos à l'autre est-ce aussi tourner le dos à la vie, au réel ? Car je reste intimement convaincue que la lecture est un acte profondément intime, un moment de communion entre le lecteur, le livre, et par extension l'écrivain. Et rien n'est plus difficile pour le lecteur que d'expliquer son plaisir de lire, et encore moins pour quelle raison telle ou telle oeuvre l'a chavirée. On sait mais on ne l'explique pas et parfois on ne se l'explique pas. Je …

Père inconnu, Patrick Denys

Image
Ed. Grasset, avril 2017, 240 pages, 19 euros.

Bâtard, mot trop fort, trop lourd, abject, pour désigner celle ou celui qui est né de père inconnu. Paul tente de comprendre l'origine de sa naissance, et à partir des maigres documents et de témoignages, il reconstitue peu à peu l'histoire d'amour entre sa mère Dorine et Ludovic, un capitaine. Nous sommes en Bretagne entre 1940 et 1943. D'autres mœurs, d'autres temps, mais surtout le temps de la guerre en général et de l'exode en particulier. Dorine ne souffre pas encore trop de la guerre, mais depuis que la Kommandantur s'est appropriée son bateau, elle se rend enfin compte que l'ennemi est là, que le pays est occupé. Pourtant son second mari est parti au combat, mais elle n'est pas pressée de le voir revenir. Car Dorine n'est pas une amoureuse : deux mariages de raison et trois filles, mais le cœur n'a pas encore chaviré.
Dorine veille sur son indépendance, sa liberté, ce qui lui vaut les foudr…

Un Dernier verre au bar sans nom, Don Carpenter

Image
Ed. 10/18, traduit de l'anglais (USA) par Céline Leroy, 480 pages, 8.40 euros.
Titre original : Fridays at Enrico's

Dans un entretien sur France Info,  l'auteur martiniquais Patrick Chamoiseau expliquait que l'écrivain était en lutte contre l'écriture. Justement, dans ce roman, Don Carpenter raconte ces écrivains qui ont mis l'écriture au centre de leur existence au point d'en devenir parfois l'esclave. Charlie est un écrivain en devenir, entendez par là qu'il travaille déjà un manuscrit et s'est fait remarqué pour sa finesse littéraire. Vétéran de la Guerre de Corée, il a pour projet d'écrire pas moins que le Moby Dick de la guerre, même s'il sait que le thème est éculé en littérature.
Jaime est une étudiante modèle, fille unique de parents qui l'ont élevée dans la petite bourgeoisie. Quand son père rentre un soir saoûl (encore une fois) et annonce qu'il a été viré de son emploi de journaliste, Jaime sent que sa petite vie bien t…

Des Vampires dans la citronneraie

Image
Ed. Albin Michel, mars 2017, traduit de l'anglais (USA) par Valérie Malfoy, 303 pages, 22 euros.
Titre original : Vampires in the lemon grove

De Karen Russel, je ne connaissais que son roman Swamplandia (Albin Michel, 2012) finaliste du Prix Pulitzer. Je découvre la nouvelliste avec une certaine délectation.

A travers huit nouvelles d'époques et de thèmes variés, l'auteur nous présente un univers littéraire où parfois le fantastique flirte avec le quotidien, et le fantasme avec la réalité.
Chez Karen Russel, les personnages sont à la fois atypiques et terriblement communs de par les travers qu'ils symbolisent. Un couple de vampires qui se nourrit de citrons à la place du sang se heurte à la routine de leur couple et la patine de leur amour.
"Nous avons eu soif à chaque endroit du globe avant de trouver notre oasis ici, dans la botte italienne, devant ce stand de citronnade. Seuls ces citrons nous apportent un soulagement". (Des Vampires dans la citronneraie) U…

Imaginer la pluie, Santiago Pajares

Image
Ed. Actes Sud, avril 2017, traduit de l'espagnol par Claude Bleton, 304 pages, 21 euros.
Titre original : La lluvia de Ionah

Ionah ne connaît que le modeste puits, le petit jardin, l'appentis qui l'abrite du soleil avec sa mère, et les milliers de dunes à l'horizon. Elle lui raconte parfois un autre monde, bien consciente qu'un jour il lui faudra le rejoindre.
"Désert, c'est ainsi qu'on l'appelait, m'avait dit ma mère (...) Car lui donner un nom revient à le circonscrire. Comme si certaines choses n'étaient pas le désert. J'essaie d'imaginer d'autres lieux, mais c'est impossible. Parfois les mots de mère n'ont pas de sens pour moi".
Quand Ionah a besoin de s'isoler, il s'assoit sur le toit de l'appentis et regarde les dunes. Ce n'est jamais le même paysage. Ces collines de sable sont mouvantes, changeantes, et empêchent de voir ce qu'il y a derrière. Car le petit garçon ne connait que cela. Quand i…