Pickpocket, Nakamura Fuminori


Ed. Philippe Picquier, traducit du japonais par  Myriam Dartois-Ako, janvier 2013, 192 p. 17,50 €

 Vivre hors des conventions

 

Prix Kenzaburô Oe 2010


Il erre au hasard des rues de la mégalopole Tokyoïte, repérant les passants bien habillés ou affairés, signes extérieurs d’un portefeuille bien rempli. Il se rapproche alors de sa future victime, la bouscule imperceptiblement tout en plongeant l’index et le majeur dans le manteau, dernier obstacle vers le trésor, le symbole de toute une vie :
« Un portefeuille livre le caractère de son propriétaire, son style de vie. Comme le téléphone portable, il est au cœur de secrets d’une personne, de ce qu’elle possède, un pivot central ».
Etre pickpocket c’est tout un art, c’est aussi un choix selon le narrateur : le choix de vivre sans contraintes, sans attaches, bref être libre : un « acte qui réfutait toutes les valeurs, qui annihilait toutes les contraintes ». Mais, on peut être un voleur et avoir des principes, comme celui de détrousser seulement des gens aisés, ou rester solitaire.
Cette petite entreprise se complique lorsque notre personnage se voit contraint par son mentor de remplir une mission pour honorer une dette de yakusas. Enfin, elle devient potentiellement mortelle lorsque la dette en question inclut la vie d’un petit garçon pour lequel il s’est pris d’affection.
Ainsi, voler des portefeuilles, « une des rares splendeurs de la vie » devient un acte de survie de soi et des autres. Pourtant, le narrateur croyait s’être érigé une forteresse contre les agressions extérieures :
« J’ai érigé des murs autour de moi et vécu comme tapi dans les interstices sombres de la vie ».
S’approprier le bien des autres, c’était alors ressembler un peu à eux, lui qui n’avait jamais rien. Or, avec le temps, l’activité de pickpocket se révèle acquérir une toute autre dimension :
« – Tu es pickpocket, non ? C’est dingue. Mais je ne crois pas que c’est l’argent qui t’intéresse.
– La fin, peut-être.
J’avais répondu brusquement.
– La fin ?
– Le genre de fin que j’aurai. Comment finit quelqu’un qui a vécu ainsi. C’est ce que j’ai envie de savoir ».
Nakamura Fuminori a écrit un roman policier qui, finalement, n’en est pas un. L’intrigue est réduite au point de ressembler à un fil d’Ariane ténu, une colonne vertébrale aboutissant à une réflexion plus ample sur le sens d’une vie vécue volontairement hors des conventions. Le personnage du petit garçon est fort intéressant. Miroir du narrateur au même âge, ce dernier se fait un devoir que l’enfant ne le prenne pas pour modèle.
Et si finalement l’activité de pickpocket n’avait pas pour vocation d’être une activité que seule une mort (violente) peut suspendre ? En effet, le narrateur se rend compte que sa vie se résume à un seul mot que beaucoup assimilent à une notion parasite.
Histoire d’amitié, réflexion sur les blessures du passé et les conventions sociales, roman policier avec juste ce qu’il faut de suspens, ce livre est toutes ces choses à la fois, et on se laisse emporter…

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