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Affichage des articles du décembre, 2013

Millefeuille, Leslie Kaplan

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Ed. P.O.L, août 2012, 256 pages, 16 euros
Prix Wepler, Fondation la Poste
Jean-Pierre Millefeuille est veuf, père d’un homme qu’il ne comprend pas (ou ne désire pas comprendre), agrégé de littérature à la retraite, et qui, pour passer le temps, s’est lancé dans une étude des rois dans le théâtre Shakespearien. Millefeuille est aussi un homme pétri de contradictions : il recherche la compagnie des plus jeunes alors qu’il a de plus en plus de mal à supporter leurs mentalités, il aime être entouré alors qu’il recherche autant la solitude… En fait, il ne se suffit qu’à lui-même, entretenant constamment un dialogue avec son moi, sûr d’être au-dessus de la mêlée. Or, un matin, en se levant, il se rend compte qu’il est mortel ! « Il pensait à la mort parce que c’était logique d’y penser, mais on ne pouvait pas, lui en tout cas ne pouvait pas, se représenter un monde où il ne serait pas ». Egocentrisme de celui qui ne conçoit pas de ne plus faire partie du grand jeu de la vie ? E…

Ce qu'on peut lire dans l'air, Dinaw Mengestu

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Ed. Albin Michel, août 2011, 300 pages, 22.3 euros
Jonas, le narrateur, est en pleine crise existentielle : son mariage avec Angela est un échec, et, depuis le décès de son père immigré éthiopien, le questionnement sur ses racines refait surface. « Ayant grandi dans l’ombre de l’accent suraigu et de la grammaire bancale de [ses] parents », il considère son diplôme de littérature anglaise et son statut de professeur comme un succès personnel et la preuve que la réussite est accessible à tous. Or, depuis quelque temps, il se sent étranger dans son propre pays. A force de lui demander quelles sont ses origines, ses élèves ont forgé en lui la conviction que, bien qu’il soit né sur le sol américain, il ne l’est pas totalement.  Marié uniquement pour « camoufler les faiblesses mises à nu dans leur relation », Jonas se voit reprocher par son épouse son mutisme et sa neutralité à toute épreuve. En effet, depuis tout petit, Jonas a appris à se faire oublier ; il s’est forgé une ca…

Lame de fond, Linda Lê

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Ed. Christian Bourgois, août 2012, 296 pages, 17 euros
Van est mort, renversé par une voiture conduite par son épouse. Pourtant, l’acte ne fut pas prémédité. Il n’est pas non plus le fruit de la colère, de la haine ou de la vengeance. C’est simplement la conséquence d’une rencontre X à un moment T. Lou et Van étaient mariés depuis vingt ans. Elle, la fille de bonne famille reniée par une mère raciste depuis qu’elle a osé se marier avec un asiatique, lui, le correcteur de manuscrits auprès des éditeurs, véritable « ayatollah du purisme » en début de carrière, mais de plus en plus laxiste… De ses origines, il n’en parlait jamais, mais se plaisait à dire qu’il ne se sentait « ni vietnamien, ni français, mais toujours dans une position ambigüe ». Ensemble, ils ont eu Laure, aujourd’hui adolescente rebelle comme on l’est à cet âge où on se cherche, en conflit récurrent avec son père : « il voulait que je sois à son image, une dévoreuse de classiques, qui écrit dans un style c…

Elodie Cordou, la disparition, Pierre Autin-Grenier

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Ed. Du Chemin de Fer, 2010, 55 pages, illustrations de Ronan Barrot, 14 euros
Mais pourquoi Elodie Cordou a-t-elle disparu, se demande le narrateur, ami de toujours et surtout, le dernier à l’avoir rencontrée ? Elodie est la beauté faite femme : « une sorte de grâce naturelle qui réside dans sa douceur et se dégage de toute sa personnalité et son charme indéfinissable est aussi mystérieux que celui d’une musique, comme l’éclat même d’une beauté simple et sans apprêt ». Cette beauté cache un caractère entier, sans concession, « un tempérament fougueux et combatif », « aux réserves d’énergie inépuisables ». Dès lors, il est difficile de croire à un suicide. Il faut chercher une explication ailleurs, le seul problème c’est que tout ce que le narrateur sait est de l’ordre de l’anecdotique, du rien, en fait. Issue d’une famille de notables, cette dernière voyait d’un mauvais œil son goût immodéré pour la peinture considérée comme « une folie salvatrice et, de toutes les folies, l…

NEWSLETTER (11)

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Rendez-vous hebdomadaire du samedi, la Newsletter vous propose des liens vers des articles littéraires (ou non) de la semaine, et un récapitulatif de mes lectures en cours,  de mes coups de cœur,  et pourquoi pas, parce qu'il y en a aussi,  de mes coups de gueule! C'est la dernière de l'année 2013, et comme c'est la mode en ce moment, je vous propose une courte liste de romans parus cette année (en poche ou grand format) et qui, à mon humble avis, méritent d'être lus:
- La contrée immobile , Tom Drury
- Deux étrangers, Emilie Frèche
- La constellation du chien, Peter Heller
- Monde sans oiseaux, Karin Serres
-Esprit d'hiver, Laura Kasischke
- L'invention de nos vies, Karine Tuil
- Volt (recueil de nouvelles), Donald Ray Pollock
- Mudwoman, Joyce Carol Oates
- Faber le destructeur, Tristan Garcia
- La saison de l'ombre, Léonora Miano
Et une mention spéciale pour la Revue Brèves, qui, avec de petits moyens, publie des recueils de nouvelles.


L'avan…

RUE DES ALBUMS (28) Le slip de bain, Charlotte Moundic et Olivier Tallec

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Ed. Flammarion collection Père Castor, mai 2011, 40 pages, 13.5 euros

Coup de coeur!

Michel alias Michouchou passe "contraint et forcé" une semaine de vacances chez ses grands parents à la campagne. Il y rejoint ses trois cousins, des meneurs-nés, d'où son étrange sentiment que ce sera "les pires vacances de sa vie". Sous la forme d'un journal, il raconte les détails de ses journées, et finalement le lecteur se rend compte que les moments en famille sont loin d'être pénibles, sauf peut être l'épreuve du plongeoir de dix mètres qui fera de lui un Grand et non plus une "mauviette".
Or, tout se complique lorsqu'on doit gérer aussi un slip de bain bien trop grand...

La force de cet album, c'est son style "dans l'air du temps"mêlant introspection sérieuse d'un enfant de huit ans et réflexions pleines d'humour, le tout en un langage parfaitement adapté au jeune lecteur. De plus, les illustrations sont bel…

RUE DES ALBUMS (27) Le mystère des contes croqués, Carolina d'Angelo

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Ed.Passe Partout, mai 2013, traduit de l'italien par Florence Camporesi, 24 pages, 13 euros

 Oh le gourmand!
Cet album fait directement référence aux contes populaires de la littérature et à la culture littéraire du 16ème siècle, c'est pourquoi un enfant de 3 à 6 ans ne pourra pas le comprendre sans quelques précisions.


Blanche Neige est effarée, on lui a volé sa pomme! Elle hurle à plein poumons si bien que son cri traverse le livre et vient réveiller son propriétaire, la petite Jeanne. Cette dernière se rend compte que, lorsqu'elle dort, il se passe des choses bien étranges dans sa bibliothèque: un mystérieux voleur affamé passe de conte en conte pour rafler la nourriture mise à disposition!
Cendrillon n'a plus de citrouille, Hensel et Gretel cherchent désespérément leur maison, Jacques recompte ses haricots magiques...bref, personne n'est épargné!
Mais qui est ce brigand qui "avec l'agilité d'un félin se glisse dans les contes de fées pour…

Découvrir José Saramago (4) Caïn

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Ed Points Seuil, février 2012, 180 pages, 6.3 euros

 Réquisitoire athée 
Saramago ne s'est jamais caché de sa sa haine viscérale de la religion. Déjà, dans "l'évangile selon Jésus Christ", il n'hésitait pas à prêter entre Jésus et Marie Madeleine une relation charnelle... Ce qui peut choquer le lecteur catholique, c'est le caractère caustique voire outrancier de certains des propos tenus dans cet ouvrage. Ainsi, il n'hésite pas à qualifier Abraham de 'fils de pute", Dieu apparaît comme un vieillard colérique et fourbe, un assassin assoiffé de sang tuant des innocents à Sodome...Saramago prend le parti de Caïn, le fratricide. Il pose la thèse selon laquelle Caïn a été obligé de tuer son frère à cause de Dieu qui ne le mettait jamais en valeur. Caïn est le premier révolté de la planète. Il n'est pas responsable de son geste criminel, mais Dieu oui, et il n'hésite pas à le lui dire. Dans ce texte polémique, Caïn, par un jeu de pré…

Découvrir José Saramago (2 et 3) Tous les noms/L'aveuglement

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Ed. Points Seuil, février 2001, 271 pages, 7.2 euros

Histoire d'une idée fixe Monsieur José est un homme discipliné; fonctionnaire à l'état civil, le mot loisir lui est inconnu. Sa seule préoccupation est le travail bien fait. Mais Monsieur José a quand même un petit vice: il collectionne les fiches d'état civil des personnes célèbres de son pays. C'est lors de ses recherches qu'il tombe par hasard sur la fiche d'une femme inconnue. Dès lors, cet incident le plonge dans l'aventure et l'inconnu. Sa vie bien rangée déraille car il prend des libertés avec sa hiérarchie, s'autorise à mentir aux peu de personnes qu'il côtoie pour arriver à ses fins: retrouver cette mystérieuse inconnue. Comme d'habitude, Saramago à trouver un sujet aux confins de l'absurde pour dénoncer la stupidité et le jusqu'au boutisme de l'administration. D'un point de vue humain, il démontre qu'un événement quelconque peut perturber gravement l…

Découvrir José Saramago (1) Les intermittences de la mort

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Ed. Points Seuil, février 2009, traduit du portugais par Geneviève Leibrich, 261 pages, 7.1 euros

Au fait, c'est comment la vie sans la mort? "Le lendemain, personne ne mourut", telle est la première phrase de ce curieux roman dans lequel la mort (avec une minuscule, elle y tient) joue avec les nerfs des vivants que nous sommes. Dans un pays sans nom, la mort décide pendant sept mois de ne plus faire mourir les gens. Pays béni des dieux ou puni? En tout cas, les futurs trépassés sont en "état de vie suspendue": pas tout à fait mort et plus assez vivant...S'ensuivent des organisations inédites à laquelle le gouvernement doit faire face: aider les pompes funèbres à ne pas déclarer faillite, agrandir les hôpitaux pour accueillir des lits, et honteusement, payer la maphia (avec ph au lieu de f pour ne pas confondre avec l'autre) à transporter les "futurs morts" à la frontière. En effet, une fois passée la frontière on recommence à mourir…

Mortelles voyelles, Gilles Schlesser

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Ed. Points seuil, janvier 2012, 276 pages,7 euros

Si Rimbaud m'était conté...
Quand on a des parents littéraires, on risque de porter un prénom étrange! C'est le cas d'Oxymor Baulay, qui passe son temps à expliquer aux gens pourquoi il porte ce prénom bizarre... Oxymor, donc, est journaliste. Lors d'un reportage en immersion chez les SDF, il se voit confier contre des cigarettes un bien étrange manuscrit. En effet, tout comme Pérec avait écrit "La Disparition" en bannissant la lettre A, l'auteur de cet étrange récit a banni le Y en le remplaçant par des I, ainsi que l'auxiliaire ETRE. Après lecture, Oxymor, en fin limier, sait que ce livre aura un succès fulgurant en librairie, mais surtout le texte lui procure un étrange malaise, car "le texte oscille entre ombre et lumière, parfois plat comme une crêpe, parfois flamboyant." Sans hésitation, il pense que l'histoire contient "un soupçon de Céline, une once de Lautréamont…

Un café maison, Keigo Higashino

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Ed. Actes Sud, Babel noir,novembre 2013,traduit du japonais par Sophie Refle, 334 pages,8.7 euros

Le café tue!
"Une femme qui ne lui donnait pas d'enfants était pour lui une présence aussi superflue qu'un bibelot."
Lui, c'est la victime Yoshitaka Mashiba. Bel homme aux multiples conquêtes, marié depuis un an, sa maîtresse le retrouve mort dans son salon. Aucune trace de coups, aucune trace de vol. Très vite, les légistes apprennent aux inspecteurs Kaoru Utsumi et Kusanagi que la cause du décès est due à l'arsenic.
La police métropolitaine de Tokyo décide d'orienter leur enquête vers l'épouse du défunt, Ayané Mashiba. En effet, cette dernière absente à l'heure des faits, semble pour le moins étrangement calme.
Toujours disponible, d'humeur égale, elle va jusqu'à protéger sa collègue de travail et maîtresse de son mari, une certaine Hiromi.
L'enquête avance à petits pas. On apprend que l'arsenic a été versé dans le café; ne r…

La mécanique du bonheur David Bergen

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Ed. Albin Michel, octobre 2013, 304 pages, 22 euros

Retour à l'essentiel
Chroniqueur influent et célèbre, Morris a tout: la richesse, une épouse indépendante, trois enfants, et la facilité de mettre en fiction sa vie privée sur le papier afin d'engranger de plus en plus de lecteurs.
Or, tout bascule le jour où on lui apprend le décès de son fils Martin en Afghanistan. Morris n'arrive pas à faire le deuil tant il culpabilise sur le fait, lui le pacifiste convaincu, d'avoir conseillé à son garçon révolté de s'engager dans l'armée. Depuis, Morris n'arrive plus à sortir la tête de l'eau: sa femme Lucille le quitte, ses filles l'évitent, et le journal qui l'emploie l'invite à prendre un congé longue durée. Ainsi, notre protagoniste, livré à lui-même, entreprend un travail laborieux d'introspection. Lui qui croyait tout savoir sur la vie, et vivait de certitudes, se remet en cause, aidé par la lecture de Cicéron et Platon. En effe…

Une partie de chasse, Agnès Desarthe

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Ed. Points Seuil, août 2013, 162 pages, 5.7 euros
Le roman s'ouvre sur un monologue surprenant: celui d'un jeune lapin, caché dans son terrier, qui refuse sa condition d' animal à la courte espérance de vie et qui veut, coûte que coûte, lutter contre la loi de son espèce et vieillir. Il sort à l'air libre et rencontre quatre chasseurs. "Trois hommes. Il est le quatrième. C'est une partie de chasse. Rigolade, bière, sang chaud, odeurs de chiens, de cuir, d'acier, de bois." Tristan est ce quatrième homme. Il connaît peu ses compagnons d'un jour. Il a accepté l'invitation à la demande de son épouse Emma qui désespère de ne pas le voir s'intégrer aux habitants du village. C'est vrai que Tristan est un contemplatif. "Il se sent à la fois plein et vide. Plein de sensations et vide de mots. Il lui manque un accès qu'il se représente comme une passerelle." Attention, ce n'est ni du dédain ni de la condescendance,…

La fabrique des monstres (Les Etats-Unis et le Freak Show), Robert Bogdan

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