Mon nom est Dieu, Pia Petersen

Ed. Plon, janvier 2014, 261 pages, 18 euros

God loves you, love him back!


Pia Petersen décide de mettre en scène un personnage hors du commun, que tout le monde connaît, adore ou déteste: Dieu.
Pas facile de traiter de le thème de la religion sans sombrer dans la lourdeur stylistique, surtout lorsqu'on veut l'aborder sous couvert du genre romanesque. C'est pourquoi l'auteure a choisi l'humour et un récit bien ancré dans la vie réelle pour faire évoluer ses personnages.
Morgane, journaliste free lance, est contacté par un homme en guenilles, à l'allure de SDF, qui vient de perdre le concours très prisé de Père Noël, à Los Angeles. En effet, ce dernier, répond invariablement que son nom est Dieu lorsqu'on lui demande son identité. Au pays où les religions et les sectes en tout genre poussent comme des petits pains, son annonce a de quoi étonner et provoquer la curiosité! Alors, afin de donner de la légitimité à ses paroles, il désire que Morgane lui écrive sa biographie:
"Tu es un écrivain et j'ai besoin d'un portrait. Je veux que tu écrives ma biographie. Mon enfance. Ce qui a fait de moi ce que je suis. Ma vie."
L'occasion est belle, le sujet est en or, mais voilà, le Dieu en question est aux antipodes de nos représentations:
"Un seul, de type indéfini, ne sourit pas, renfrogné il évite de regarder la salle. Ses vêtements sont beaucoup trop petits, usés jusqu'à la corde, sa barbe est hirsute, grise et pas très longue, même plutôt courte (...) Il s'agit sans doute d'un SDF."
Simplement Morgane a du mal à accorder du crédit à cet hurluberlu sorti de nulle part, sûr de lui, et qui ne ressemble pas au Dieu humain de nos cours de catéchisme. Elle décide quand même de le prendre sous son aile, surtout que, depuis le concours de Père Noël, le "pape" de la nouvelle religion à la mode, un certain Jansen, voudrait bien  faire de ce Dieu la nouvelle égérie de son église. Comme beaucoup d'évangélistes américains, Jansen a fait fortune en exploitant la misère religieuse des gens:
"Chacun a en soi-même un accès au divin et Jansen prétend détenir la méthode pour le découvrir afin d'être prêt à accueillir Dieu. Jansen se présente comme son nouveau porte-parole et les gens se ruent sur ses théories et se ruinent en cours d'initiation pour apprendre sa méthode et vivre selon ses préceptes."
Et celui qui se prétend être Dieu dans tout ça? Eh bien, il est perdu, déprimé au point de carburer aux anti dépresseurs, tellement être Dieu est une fonction lourde à porter: "j'entends tout simultanément à chaque heure du jour et de la nuit." De plus, il se rend compte qu'il ne comprend pas ses créatures, les hommes: "il les a libérés voilà tout, et c'était une bêtise." Et puis, comment lui accorder du crédit quand "les portes paroles sont les pires"? " Les prêtres, les imams, les prophètes, un vrai cauchemar, des escrocs, des arnaqueurs qui ne voient que leur intérêt"!
Petit à petit, Morgane sent que cet homme a quelque chose de spécial, que sa voix forte et profonde n'est peut être pas qu'un simulacre, et que sous couvert de son manque de charisme et d'envergure, se cache sûrement le véritable Dieu...

Pia Petersen nous offre un roman drôle, pétillant, mettant en scène un être divin parfois détestable et détesté, obligé de prendre des cachets pour supporter le monde des hommes. En filigrane, apparaît une critique acerbe de la religion avec parfois des réflexions qui font mouche. Le lieu de l'action du roman est tout trouvé: Los Angeles, royaume du cinéma et du paraître, dans un pays ou la religion est un commerce comme un autre.
De ce fait comment Dieu pourrait-il se faire accepter et aimer par les siens?
"Les hommes ne l'aiment pas ou lui en veulent. Il dit d'un ton maussade qu'il est trop démocrate, voilà tout. S'il n'avait pas donné le libre arbitre aux hommes, il n'en serait pas là."
Finalement, en présentant ce personnage hors norme comme un bouc émissaire et un souffre douleur amateur de la culbute, l'auteure a voulu démystifier le thème et mettre une pointe d'humour sur un sujet trop sérieux. Laissons donc Dieu conclure cet article:
"C'est pas compliqué les histoires de Dieu (...). Un prophète est peut être un poète qui fait des performances artistiques."

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