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Articles

Affichage des articles du avril, 2014

NEWSLETTER (27) TREVE

25 000 PAGES VUES MERCI A TOUS !!


Après 6 mois 1/2 de bons et loyaux services quotidiens, Fragments de lecture s'octroie une semaine de vacances, histoire de recharger ses batteries physiques et livresques! A bientôt!

Vers l'autre été, Janet Frame

Ed. Joëlle Losfeld, Traduit de l'anglais (Nouvelle-Zélande) par Marie-Hélène Dumas, mars 2011, 272 pages, 22.4 euros

"Ses ailes de géant l'empêchent de marcher" (Baudelaire)
Janet Frame est une écrivain très connue en Nouvelle Zélande, pressentie pour le Prix Nobel de littérature, elle mourut en 2004 d'un cancer. Elle refusa la publication de ce roman de son vivant.


Ce roman, publié à titre posthume, est largement autobiographique. Il y décrit le week end calamiteux de l'auteur chez un couple qu'elle connaît à peine. San cesse tiraillée entre ce qu'elle aimerait dire, ce qu'elle croit dire, et ce qu'elle dit finalement, le lecteur sent tout de suite la fragilité du personnage. Janet ne prononce que des platitudes alors que sa vie intérieure est très riche. Les phrases en suspens, les points de suspension à la chaine témoignent de cette difficulté de communiquer. Alors, Janet aimerait crier au monde qu'elle est un "oiseau mi…

Les racines déchirées, Petina Gappah

Ed. 10/18, traduit de l'anglais (Zimbabwe) par Anouk Neuhoff, décembre 2012, 261 pages, 7.5 euros.

Bienvenue au Zimbabwe!
A travers treize nouvelles, l'auteur nous emmène au cœur du Zimbabwe, petit pays longtemps colonisé par les Anglais, devenu indépendant, mais apparemment en proie à des difficultés sociales et politiques immenses.
"De toutes les petites choses brûlées par les flammes de l'inflation", ne reste plus que les habitants. Aucune classe sociale n'est épargnée: bourgeoisie proche de la classe dirigeante ou masse laborieuse, tous souffrent. En effet, la polygamie et la pratique "des petites maisons" où la maîtresse attend bien sagement son amant ont fait exploser les cas de maladie "aux lèvres roses", le sida, qui touche aussi le gouvernement.
Partir est devenu un leitmotiv, un possible espoir d'avenir. D'ailleurs, n'est-ce pas signe de réussite et de fierté, de dire à son entourage qu'on a un enfant, un…

L'emprise, Marc Dugain

Ed. Gallimard, collection  Blanche, avril 2014, 320 pages, 19.5 euros.


Launay, chef de l'opposition, attend son heure. Les sondages récents le désigne, à dix-huit mois de l'échéance, comme le futur président de la République. En effet, en France, "le rythme ternaire du quinquennat est toujours le même: enthousiasme, déception, accoutumance."
Même si Launay a beaucoup œuvré pour en arriver là, il reste froid et lucide. Il sait que la dernière ligne droite est pavée d'embûches: des ennemis politiques, forcément, dont Lubiak, un cadre de son propre parti, aux dents longues et "copain" avec des émirs, des patrons de grosses entreprises, Volone et Deloire, "les hommes araignées de la politique française", qui ont financé les dernières campagnes électorales de façon très obscure, mais aussi et surtout sa propre épouse, Faustine, qui depuis le suicide de leur fille cadette, lui en veut à mort, et est "devenue son chemin de croix, la route du calv…

Ce que j'ai oublié de te dire, Joyce Carol Oates

Ed. Albin Michel, collection Wizz, janvier 2014, 341 pages, 15 euros.

"Un seul être vous manque et tout est dépeuplé" (Lamartine)
Dans l'univers de Joyce Carol Oates, les lycéennes sont en apparence parfaites, mais gèrent en permanence un conflit intérieur si intense, que le moindre déséquilibre entraîne des conséquences parfois ravageuses.
Lorsque Tink Traumer est apparue au lycée très chic et privé de Quaker Heights, son look et son apparence détonnèrent. En effet, son pull informe, ses leggings noirs troués, ses yeux vitreux qui semblaient ne jamais vous regarder, laissaient une drôle d'impression lorsqu'on la croisait dans les couloirs:
"Vous ne saviez jamais si elle riait avec vous ou de vous."
De plus, elle était insaisissable: amicale un jour, distante, le lendemain. Cela dit, au fil de mois, Merissa Carmichaël, Nadia Stillfinger, Hannah et les autres ont réussi plus ou moins à l'apprivoiser et former la Tink & co.
Mais un jour, Tink, aprè…

A vos risques et périls, Pascale Maret

Ed. Thierry Magnier, septembre 2007, 174 pages, 8.7 euros

La télé-réalité et ses limites.
Cette histoire est volontairement coupée en deux parties: la première propose de suivre six ados sur une île déserte. Dès leur arrivée, le lecteur a l'impression de suivre un épisode de Koh Lanta. De plus, Vanessa, Sam, Aphrodite, Charles et les autres correspondent à des stéréotypes bien définis par la prod, censés, à un moment ou à un autre de l'aventure, booster les parts d'audience. Avec beaucoup d'humour, Pascale Maret dénonce les travers de la télé réalité, les petits arrangements, les "plans médias" des candidats, le cynisme de la boîte de production. Bref tout ce petit monde a quelque chose à y gagner mais pas pour les mêmes raisons.
Sauf que...La seconde partie prend un aspect tout autre lorsque ces "braves gens" se font enlever par des rebelles opposés au régime tyrannique sévissant dans leur pays dont fait partie l'île paradisiaque de…

REGARDS CROISES (6) L'Exception, Audur Ava Olafsdottir

Ed. Zulma, avril 2014, traduit de l'islandais par Catherine Eyjolfsson, 337 pages, 20 euros
Regards croisésUn livre, deux lectures. En collaboration avec Christine Bini "Pardonne-moi, mais je l'aime. Tu es la dernière femme de ma vie."
Telles sont les paroles de l'aveu de coming out formulées par Floki à son épouse Maria. Onze ans de mariage, des jumeaux de trois ans, et une phrase lapidaire de rupture prononcée pendant le feu d'artifice de la Saint Sylvestre, si bien que la jeune femme n'est pas tout à fait sûre de la véracité de ce qu'elle a cru entendre. Et pourtant, Floki décide de partir tout de suite chez son amant homonyme, laissant une épouse perdue, qui va faire l'expérience de la solitude et le deuil de son mariage. Lui, "c'était l'homme de sa vie", et "désormais, l'homme le plus vieux de la maison affichant à peine trois ans, on peut prétendre à juste titre qu'en l’occurrence il y a carence." Certes, i…

Le village évanoui, Bernard Quiriny

Ed. Flammarion, janvier 2014, 218 pages, 17 euros

Boule à neige
Au fin fond de l'Auvergne, un village, Châtillon-en-Bierre, se retrouve soudain coupé de tout. Le néant entoure le canton. Passée une limite, les voitures tombent en panne, les piétons et cyclistes avancent sans fin sur une ligne droite, et lorsqu'on veut joindre la famille ou les amis qui habitent au delà, par mail ou au téléphone, les villageois, effarés, se rendent compte qu'ils sont bel et bien isolés!
Pourquoi ce village et pas un autre? Là n'est pas la question de ce roman. Bernard Quiriny devient entomologiste-littéraire. Le village évanoui est un sujet d'étude sur une question fascinante: comment s'organise une population lorsqu'elle se retrouve en autarcie complète du jour au lendemain?
A défaut de savoir ce qu'est devenu le monde de "l'autre côté du mur",à défaut d'apprendre que l'apocalypse a eu lieu où que le vide est apparu matériellement, la population te…

Contes carnivores, Bernard Quiriny

Ed. Points Seuil, septembre 2010, 220 pages, 6.3 euros

MIAM MIAM!!
Le genre fantastique est un genre difficile à maîtriser car soit l'écrivain sombre dans l'absurde et le grandiloquent, soit il s'inscrit dans la réussite. C'est un genre difficile car c'est aussi un genre qui plaît beaucoup aux lecteurs, et ces lecteurs ne veulent pas lire les mêmes choses chez des auteurs différents.
Aucune chance de trouver dans ces Contes carnivores une impression de déjà lu. Résolument contemporaines, ces nouvelles s'inscrivent dans l'originalité. Dès le premier récit, Sanguine, le ton est donné. De plus, l'auteur manie habilement le récit rapporté.
En effet, souvent, le héros de l'histoire raconte à un autre ce qui lui est arrivé. En fait, Quiriny use sans abuser de toutes les ficelles narratives: mise en abyme , lettre, enquête policière, auto-dérision, récit à la première personne, conte...Le lecteur rencontre aussi bien un miroir magique refléta…

NEWSLETTER (26)

Rendez-vous hebdomadaire du samedi, la Newsletter vous propose des liens vers des articles littéraires (ou non) de la semaine, et un récapitulatif de mes lectures en cours,  de mes coups de cœur,  et pourquoi pas, parce qu'il y en a aussi,  de mes coups de gueule! Donna Tartt Prix Pulitzer 2014, c'est la bonne nouvelle de la semaine! En effet, Le Chardonneret est un roman complet, ambitieux, et captivant. Ce prix récompense une auteure de qualité dont la parcimonie de ses parutions (3 romans en tout et pour tout) ne fait que rehausser l'intérêt qu'il faut lui accorder.
A lire ou à relire, le Regards Croisés avec Christine Bini sur Le maître des Illusions, ainsi que l'article de Télérama consacré à cet écrivain si secret:
 http://www.telerama.fr/livre/donna-tartt-lumiere-sur-une-ecrivaine-secrete,111290.php


 C'est la mode en ce moment dans le microcosme littéraire français. Après la polémique Eddy Bellegueule, c'est au tour de Pascal Bruckner de "tuer…

RUE DES ALBUMS (46) Il y a un dinosaure dans mon cartable, Quentin Gréban

Ed. Mijade, collection Les Petits Mijade, septembre 2012, 5.2 euros


"Moi, j'ai un dinosaure. Pas un jouet, non non.... Un vrai dinosaure. Il est encore si petit qu'il tient dans ma poche."
Le petit garçon de l'histoire s'est entiché d'un bébé dinosaure, trouvé on ne sait où. Toujours est-il que l'animal,  forcément, devient grand, et il est de plus en plus difficile à cacher!
A trop vouloir le protéger, petit dino fait de plus en plus de bêtises pour se montrer: traces de peinture, doudou mâchouillé, couettes tirées, jusqu'au jour où, le narrateur ne peut plus le cacher car il est décidément trop grand.
Sauf que, finalement, le lecteur se rend bien compte, au fil des pages, que l'ami du petit garçon existe surtout dans sa tête. Des traces de pattes, un bout de crâne, une queue sur le toit du bus, une ombre grandissante, mais jamais un dinosaure en chair et en os que tout le monde pourrait observer.
Dès lors, on en vient à la compréhension impli…

La ville, William Faulkner

Ed. Folio Galliamard, juin 2012, traduction de Jules Bréant, Marc Anfreville, Antoine Cazé, Aurélie Guillain, 576 p.

Dans les années 20, dans la petite ville imaginaire de Jefferson, état du Mississippi, un certain Flem Snopes, parti de rien, deviendra le président de la banque locale. Par le prisme de trois narrateurs qui se succèdent en boucle, le lecteur découvre l’ascension de cet homme étrange, plus avide de reconnaissance que de possession matérielle. Flem est le sujet principal du roman, et pourtant il intervient peu de manière directe. On comprend vite que les bases de sa fortune sont dues en partie à la corruption (trafic de cuivre), mais aussi qu’on a affaire à un homme malin, toujours au courant de ce qui se passe autour de lui, et capable de cerner rapidement les gens qu’il rencontre. Or, Flem a un talon d’Achille : son épouse Eula : « ce seul nom au désir mâle qu’elle attisait jusqu’à la douleur par le seul fait d’être là, de respirer, elle qui avait été conçu…

Le bruit et la fureur, William Faulkner

Ed. Folio Gallimard, 1972,  384 pages, 8.4 euros

 "J'ai vu le commencement et la fin."
Un peu perdue les cinquante premières pages, il m'a fallu lire la préface du traducteur pour bien me situer le contexte, les personnages, et surtout appréhender la technique littéraire du "courant de conscience" dont j'ignorais tout jusque là. Puis, je suis véritablement entrée dans ce roman complexe, déroutant, rempli de fulgurances littéraires, et écrit tel un monologue intérieur retranscrivant les fils achevés ou inachevés de la pensée.
L'histoire de la famille Compson est pleine de bruits: elle est remplie à longueur de journées des gémissements de Benjy, l'idiot de la famille, "Benjy se mit à gémir longuement, désespérément. Ce n'était rien. Juste un son." Ces plaintes s'accompagnent des appels incessant de la mère, cloîtrée dans sa chambre, des menaces du frère Jason qui veut l'envoyer à l'asile, des prises de bec e…

Scintillation, John Burnside

Ed. Point Seuil, traduit de l'anglais (Ecosse) par Catherine Richard, août 2012, 307 pages, 7.2 euros

Et la lumière fut...
Comme le suggère la couverture, le contenu ressemble étrangement à une fiction en noir et blanc. Noir comme le décor de l'Intraville, cette presqu'île dominée par une usine "pas simplement fermée, en fait, mais condamnée, décrétée par le gouvernement zone de décontamination irréversible dans laquelle nul n'est officiellement censé entrer." Noir aussi comme l'âme de certains habitants fascinés par la violence et la souffrance.
 Mais, le blanc pointe par moment le bout de son nez, incarné par Léonard, adolescent livré à lui même, qui pense que l'espoir existe, qui aime les filles et les livres. De plus, cette lueur se voit tout de suite lorsque votre quotidien est uniformément gris. Elle symbolise la possibilité d'une vie meilleure, le chemin vers l'Extraville, pour fuir l'ennui, la maladie et l'isolement.

Le ballade de Lila K, Blandine Le Callet

Ed. Le Livre de Poche, février 2012, 354 pages, 7.1 euros

Se reconstruire après le chaos
Au départ, l'auteur voulait écrire un roman mythologique, elle n'a gardé que les chimères (personnages de la concierge et de Justinien) et a basculé son action dans le Paris de l'an 2102.
En effet, le lecteur n'a aucun repère. Par volonté de prendre ses distances avec le réel et ne pas fournir un témoignage social, Blandine Le Callet a préféré écrire un roman d'anticipation dans un monde ultra sécurisé où la liberté hors des caméras de surveillance existe peu.
Dans ce climat confiné, Lila écrit son journal et explique comment elle se reconstruit après qu'elle fut arrachée à sa mère par les services sociaux à l'âge de six ans. En filigrane, on comprend tout de suite qu'il s'est passé quelque chose de grave, que son "enlèvement" était une question de vie ou de mort pour elle. Tout ce passé reste diffus, mais au fur et à mesure, en atteignant l…

Les Insoumis (tome 2): le chemin de la vérité, Alexandra Bracken

Ed. La Martinière Jeunesse, mars 2014, traduit de l'anglais (USA) par Daniel Lemoine, 507 pages, 16.5 euros.

Pour rappel, le Tome 1 des Insoumis est sur ce blog.

Côté calibrage, le tome 2 fait exactement le même nombre de pages que son précédent, et la couverture se veut être aussi dans la continuité... Dans les remerciements, l'auteure avoue avoir beaucoup souffert dans l'écriture, ayant vu son manuscrit revu et  corrigé plusieurs fois. Eh bien, elle aurait du passer sous silence cette petite confession, car dès le début, on sent que la remise en route est laborieuse.
En effet, il s'est passé un an entre la parution des deux tomes, et le lecteur se voit d'emblée confronté à une situation de crise. Pas le temps pour lui de se remettre dans le bain, de se réapproprier les personnages et le contexte. Alors pour ceux qui, comme moi, avaient à peu près oublié le début des aventures de Ruby, petit rappel: une grave pandémie, le NIAA (Neurodégénérescence Idiopathique Aigu…

Quelque chose de lui, Françoise Dorner

Ed. Albin Michel, février 2014, 144 pages, 14 euros

Vaudeville moderne
Le roman s'ouvre sur une scène à la fois anecdotique et symbolique: au cimetière, alors que Richard vient d'enterrer sa mère, il oublie son épouse Violette et repart sans elle. Certes, on pourrait croire que la goujaterie n'y est pour rien en de pareilles circonstances, sauf que, voilà, l'homme en question n'en est pas à sa première fois, si bien que Violette est persuadée désormais d'être transparente, incolore et inutile.
De leur union improbable, hormis le fait qu'elle soit bien plus jeune que lui et soit tombée amoureuse d'un restaurateur de meubles anciens aussi chaleureux que le bois, est née une fille qui, dès l'âge adulte venu, s'est empressée de fuir en Amérique. Depuis, le couple vaque chacun à ses occupations: lui dans son atelier, évitant celle qu'il qualifie en public d'un "ce n'est que mon épouse", elle dans le silence de l'appartement,…

Quand la lumière décline, Eugen Ruge

Ed. 10/18, traduit de l'allemand par Pierre Deshusses, août 2013, 448 pages, 8.8 euros

Quand les idéaux déclinent...
Quand la lumière décline est l'histoire d'une famille allemande sur quatre générations, fervents adeptes de l'idéal communiste, membres du parti, et artisans d'une RDA telle qu'ils l'avaient rêvé, mais qui, au fil du temps, reviennent sur leurs désirs, leurs compromis, leurs "actes manqués".
Pourtant, dès le départ, Adrian avait dit à Charlotte, pilier de la famille, alors toute jeune femme: "le communisme c'est comme la croyance des anciens Aztèques: il est assoiffée de sang." Mais grâce à ce système, elle devient membre de l'institut (université), elle qui n'a fait que l'école ménagère...
Divorcée, elle refait sa vie avec Wilhelm, qui, jusqu'à sa mort, revendiquera son idéal socialiste, jusqu'à déconsidérer sa famille d'adoption:
"Il considérait toute la famille comme la famille …

Le collier rouge, Jean-Christophe Rufin

Ed. Gallimard, collection La Blanche, février 2014, 160 pages, 15.9 euros

Chienne de vie
Qu'est-ce qu'un héros de guerre? A travers ce court roman, Jean-Christophe Rufin tente de répondre à cette question.
Morlac, héros décoré de la Grande Guerre est de retour au pays, mais au lieu de savourer sa liberté et la fin de la guerre, il est sous les verrous. Dehors, son fidèle chien Guillaume, compagnon de tous les combats, attend silencieusement ou hurle à la mort quand il sent le danger.
"De près, l'animal faisait peine à voir. Il avait vraiment l'allure d'un vieux guerrier. Plusieurs cicatrices, sur le dos et les flancs, témoignaient de blessures par balles ou éclats d'obus. On sentait qu'elles n'avaient pas été soignées et que les chairs s'étaient débrouillées pour se rejoindre tant bien que mal, en formant des bourrelets, des plaques durs et des cals."
Morlac ne renie pas son geste qui lui a valu d'être enfermé. Le lecteur ne saura qu…

Le grand Coeur, Jean-Christophe Rufin

Ed. Folio Gallimard, janvier 2014, 592 pages, 8.4 euros

Puissance romanesque"Le plus étrange c'est que ce dénuement, loin de m'accabler, me remplit d'un plaisir inattendu. Je me sentais nu comme un nouveau né. Et en effet, c'est à une nouvelle vie que je naissais. J'avais fait le deuil de mes rêves et je les avais remplacés par des souvenirs."
C'est un homme de cœur qui parle, en l'occurrence Jacques Cœur (l'expression est facile...), personnage historique fort méconnu, proche de Charles VII, dont la France lui doit une vision résolument moderne du commerce avec l'ouverture aux marchés du Moyen Orient et européens.
Homme discret et intelligent, il a bâti seul une fortune exceptionnelle, tout en se doutant que ses amis d'un jour seraient ses ennemis de demain. Parmi eux, le roi lui-même, dont le choix de mettre fin à la Guerre de Cent ans lui a permis de développer son entreprise:
 "Il était le seul, en acceptant la paix,…

Sept histoires qui reviennent de loin, Jean-Christophe Rufin

Ed. Folio Gallimard, septembre 2012, 192 pages,5.6 euros

Voyage, voyage
Ces sept histoires sont d'un intérêt inégal, mais toutes ont la systématisation de la chute ainsi que la preuve que "l'Histoire est une tragédie".
La plupart sont des récits doux amers dans lesquels les protagonistes regrettent un temps révolu, que ce soit celui du colonialisme qui avait le mérite de préserver "leur île", ou celui de l'alpinisme des années 30 dont les amateurs n'étaient pas des "sportifs du dimanche"...
Même si certaines n'apportent qu'un intérêt limité, on ne peut pas nier une certaine maîtrise du genre dans la construction de la nouvelle dont l'écriture, plus d'un écrivain vous le dira, suggère un art consommé de la concision et de la chute.
Au delà de l'aspect purement formel, j'aime chez Rufin sa description des lieux et des mœurs, simplement parce qu'on sent chez lui l'homme qui a voyagé et approché au p…

Globalia, Jean-Christophe Rufin

Ed. Folio Gallimard, juin 2005, 512 pages, 8.9 euros

"In Globe we trust!"

Dans la postface du roman, l'auteur explique son choix du récit d'anticipation. Selon lui, "l'essentiel est de parvenir à une puissante évocation, soit d'un monde disparu, soit d'un monde possible, qui permet au lecteur d'être présent hors de lui-même."
Fort de son vécu humanitaire et de la pratique des politiques, Rufin a construit une intrigue sur le fonctionnement de la démocratie et de la liberté.
Globalia, dans un futur proche, est considérée comme la démocratie idéale. Sa devise "Liberté - Sécurité - Prospérité" reprend les idées fixes du 21ème siècle. Dans un système où la liberté est exercée à outrance, le pire ennemi devient finalement la liberté elle-même. Trop de libertés tuent la liberté et les Hommes ne connaissent plus la peur.
Or, "cette denrée là est vitale. Dans une société de liberté c'est la seule chose qui fait tenir l…

NEWSLETTER (25)

Rendez-vous hebdomadaire du samedi, la Newsletter vous propose des liens vers des articles littéraires (ou non) de la semaine, et un récapitulatif de mes lectures en cours,  de mes coups de cœur,  et pourquoi pas, parce qu'il y en a aussi,  de mes coups de gueule!  De Milan Kundera je retiens surtout L'insoutenable légèreté de l'être lu et relu pour les besoins d'une étude en hypokhâgne. Depuis d'autres ont vécu sur ma PAL puis ont été lus La lenteur ou La valse aux adieux notamment. Dans tous les cas, jamais je n'ai écrit un billet, ayant sûrement puisé mes réserves dans mes modestes devoirs de classe préparatoire. Je me souviens surtout de l'un d'entre eux dont le sujet m'avait laissée perplexe... Allez, pour le plaisir, je vous donne l'intitulé:
"L'insoutenable légèreté de l'être, pourquoi ce titre?" 
5h pour plancher et au final un 8/20.
Alors, maintenant, à l'aube de la quarantaine, Kundera continue à me faire peur. J…

RUE DES ALBUMS (45) Nils, Barbie et le problème du pistolet, Kari Tinnen et Mari Kanstad Johnsen

Ed. Albin Michel Jeunesse, mars 2013, 14.5 euros

Halte à la théorie du genre!
Nils fête ses 5 ans. Papa lui a préparé un gâteau d'anniversaire avec cinq bougies, et annonce:
"Si tu les souffles toutes d'un coup, tu pourras choisir ce que tu veux au magasin de jouets."
Cette promesse ne tombe pas dans l'oreille d'un sourd, surtout que Nils a une idée derrière la tête!
Sur la route, sa copine Angelika lui fait signe et lui jette sa plus belle Barbie. Nils est sidéré: Barbie vole et elle a la classe en plus! Même son père est étonné de voir une poupée "aussi balèze"...
Au magasin, Nils sait ce qu'il veut. La boite rose, l'écrin rigide qui enferme Barbie l'attend." La boîte rose avec une lettre rose et des coeurs rose dessus" attend gentiment son nouveau propriétaire. Elle, elle ne fait pas la différence entre fille et garçon; le principal est qu'elle apporte de la joie et de l'amusement!
Or, papa ne comprend pas ce choix. …

Dans la barque de Dieu, Ekuni Kaori

Ed. Philippe Picquier, février 2014, traduit du japonais par Patrick Honnoré, 208 pages, 18.5 euros

Je reviendrai...
"J'ai commencé à voyager quand j'avais six mois. Bien sûr, je devrais plutôt dire que c'est maman qui a commencée à voyager. Moi, elle m'a juste emmener avec elle."
(...)
"- Pourquoi on déménage tout le temps,
- Parce que, toi et moi, on est embarqués dans la barque de Dieu, elle a répondu. "

Yôko et sa fille Sôko sont des nomades. Elles ne restent jamais dans la même ville plus d'un an, par choix. En effet, depuis que l'homme dont elle est "tombée amoureuse à s'en faire fondre les os" l'a quittée par obligation car il était dans "une situation désespérée à faire pitié un usurier", Yôko a préféré quitté Tokyo et vivre de ville en ville. Cet homme (dont on ne saura jamais le nom) ne sait même pas qu'il est père. Pourtant Sôko a grandi dans son ombre, idéalisée par sa mère qui, douze ans après la sép…

Pluie noire, Masuji Ibuse

Ed. Folio, traduit du japonais par Takeko Tamura et Colette Yugué, septembre 2004,384 pages, 8.4 euros .

 J'ai tout vu à Hiroshima...le 6 août 1945, à 8 h du matin, une bombe "spéciale de qualité supérieure" provoquant un bruit assourdissant et un éclair de chaleur intolérable, détruit la ville Hiroshima. Ce "monstre en forme de parapluie", développe un drôle de nuage, une "méduse tour à tour rouge, violette, indigo, verte, et s'élargissant toujours vers le Sud-Est." Après la stupeur, les survivants s'organisent et tentent, tant bien que mal, de rejoindre la gare vers un train éventuel qui les éloigneraient de cet enfer. Car la description d'Hiroshima post-apocalyptique n'a rien à envier de celle que Mc Carthy propose dans La Route.
Cendres, bâtiments anéantis ou éventrés, cadavres éparpillés....
Et soudain, une pluie noire, certes bien étrange mais dont personne ne soupçonne qu'elle puisse être dangereuse. Afin de donner…

Lunar Park, Bret Easton Ellis

Ed. 10/18, collection Domaine Etranger, traduit de l'anglais (USA) par Pierre Guglielmina, 472 pages, 8.1 euros

Claque littéraire!
Auteur sulfureux assez controversé BEE a toujours décrit une Amérique où la société à la mode cachait de lourds secrets et s'enfonçait dans les paradis artificiels pour ne plus se regarder en face.
Lunar Park débute par une partie autobiographique puisque le narrateur est l'auteur lui même. Il n'hésite pas à décrire ses années dépravées qui ont suivi ses premiers succès littéraires. Sans état d'âme, il assume ses excès tout en portant un regard lucide sur son vécu. Puis l'autobiographie "dégénère" en autofiction lorsqu'en seconde partie le narrateur décrit sa vie rangée avec femmes et enfants dans le comté de Midland.
Banal me direz-vous? C'est là que tout se complique puisque sous le bonheur de façade les enfants sont sous psychotropes, les parents suivent une thérapie conjugale au bout de cinq mois de m…