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Affichage des articles du janvier, 2015

RUE DES ALBUMS (81)Trois bébés chouettes, Martin Waddell, Patrick Benson

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Ed. L'Ecole des Loisirs, collection Lutin Poche, réédition 2015, 26 pages, 5.6 euros.

Où est maman?
Sarah, Rémy et Lou sont trois adorables bébés chouettes qui vivent cachés du danger dans un trou de tronc d'arbre. Maman chouette s'occupe de tout, du confort, du bien être, et leur rapporte à manger. Dans cette maison, ils sont en sécurité.

"Une nuit ils se réveillèrent et maman chouette était PARTIE"
Les trois bébés chouette vivent différemment cette absence. Alors que Sarah positive et mène le groupe, Rémy accuse le coup, tandis que Lou ne fait que se plaindre.
C'est la première fois que maman chouette s'absente alors qu'ils sont réveillés, ils ne savent pas appréhender l'absence et le vivent alors comme un abandon définitif.

Heureusement "toutes les chouettes réfléchissent beaucoup" et les petits tentent de se rassurer: si maman chouette n'est plus là, c'est sûrement pour une bonne raison! MANGER! Sauf que le temps passe, et que…

Le Fléau (tome 1), Stephen King

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Ed. Le livre de poche, réédition septembre 2010, traduit de l'anglais (USA) par Jean-Pierre Quijano 864 pages, 8.6 euros.

Ce n'est que le commencement...
"Sous le soleil du désert californien et grâce à l'argent des contribuables, quelqu'un venait de réinventer la réaction en chaîne. Une réaction en chaîne mortelle."

Il suffit d'une mauvaise manipulation, d'un instant de retard de réaction pour qu'il soit trop tard. Charles D. Campion a réussi à fuir avec femme et enfant, mais la super grippe les a tués tous les trois dans leur fuite, alors qu'il étaient arrivés dans la petite ville d' Arnette. Il était le premier cas certes, mais surtout une bombe à retardement qui, en mourant, a propagé une maladie bien plus grave que le virus Ebola...
Cliniquement, l'auteur décrit cette réaction en chaîne humaine, la propagation du virus, passant outre les frontières des états, les villes, touchant toutes les couches de la population. Un dicton dit …

Americanah, Chimamanda Ngozi Adichie

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Ed. Gallimard, collection du Monde entier, janvier 2015, traduit de l'anglais (Nigéria) par Anne Damour, 528 pages, 24.5 euros.

Partir et revenir.
Americanah, c'est le surnom donné à Ifemelu (Ifem) parce qu'elle est partie terminer ses études aux Etats-Unis, après avoir tenté en vain de suivre un cursus universitaire chez elle, au Nigéria, mis à mal par les grèves à répétition des professeurs non payés.
Cela fait maintenant quinze ans que la jeune femme est installée sur le nouveau continent. Elle a obtenu une bourse à la prestigieuse université de Princeton, et son blog "Raceteenth ou Observations diverses sur les noirs américains par une noire non américaine" est un succès. Pourtant, depuis quelques temps, son coeur est ailleurs; il retourne au pays:
"Elle le sentait depuis un certain temps, un sentiment d'épuisement tôt le matin, de flou, de non-appartenance. Il était chargé d'attentes informulées, de désirs mal définis, de brèves visions des exis…

L'hibiscus pourpre, Chimamanda Ngozi Adichie

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Ed. Le livre de poche, octobre 2006, 352 pages, 6.6 euros

Grandir et espérer.Symbole du désir sexuel , l'hibiscus est aussi une fleur symbole de changement. 
Ce roman est la rencontre de deux mondes que tout sépare: d'un côté, une famille fondamentaliste dont le père sous des dehors affables n'hésite pas à battre femme et enfants au nom de Dieu, de l'autre une tante et ses trois enfants qui, malgré les galères quotidiennes, croquent la vie à pleine dents et remplissent la maisonnée de leurs rires.

 La narratrice et son frère Jaja vont découvrir ce nouveau monde à l'occasion d'une visite familiale et vont enfin comprendre que ce qu'ils vivent chez eux n'est pas une généralité. C'est un sujet dramatique, mais qui est traité avec tact, dans un Nigéria en pleine révolte, et qui sombre peu à peu dans le chaos et la corruption. 

Les phrases sont du velours; le lecteur entend les chuchotements de Kambili et Jaja, les rires des cousins... Les scènes difficiles…

Je m'appelle Budo, Matthew Dicks

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Ed. Flammarion, septembre 2013, traduit de l'anglais (USA) par Marie Hermet, 428 pages, 15 euros.

"Voilà ce que je sais :
Je m'appelle Budo.
J'existe depuis cinq ans.
Cinq ans, c'est très long pour quelqu'un comme moi.
C'est Max qui m'a donné mon nom.
Max est le seul être humain qui peut me voir.
Les parents de Max m'appellent un ami imaginaire.
J'adore Mme Gosk, l'instit de Max.
Je n'aime pas son autre instit, Mme Patterson.
Je ne suis pas imaginaire."


Max n'est pas un enfant comme les autres. Il n'aime pas les contacts, repousse les bisous, et surtout, a horreur du changement.
Certes, il va à l'école, et ses parents font en sorte qu'il soit un enfant comme les autres, mais Max reste un solitaire, perdu dans ses pensées, et réceptif à ce qui se passe à l’extérieur seulement s' il l'a décidé. Depuis quelques années, Max s'est inventé un ami imaginaire, Budo. Il lui ressemble comme un frère, sauf qu'i…

Une vie après l'autre, Kate Atkinson

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Ed. Grasset, janvier 2015, traduit de l'anglais par Isabelle Caron, 528 pages, 22.5 euros.

Circularité de l'univers
Ursula Todd naît et meurt de façon cyclique. Sa vie commence toujours un 19 février 1910 pour s'éteindre, soit aussi vite, soit longtemps après. A chaque fois, un facteur extérieur décide de sa vie, mais à chaque recommencement, ce facteur évolue comme si Ursula sent qu'il faut prendre une autre décision.
Alors qu'elle n'a aucun souvenir de ce qu'elle a vécu dans une autre vie, Ursula ressent cependant des impressions fugaces de déjà vu, des élancements oppressifs, des peurs incohérentes.
"Serait-elle vraiment capable de revenir et de recommencer? Ou est-ce que tout ça, c'était dans sa tête comme tout le monde le lui répétait et comme elle devait le croire? Si c'était le cas, ces idées n'étaient-elles pas réelles aussi? Et s'il n'y avait pas de réalité démontrable? Et s'il n'y avait rien au delà de l'esprit?…

Les premiers de leur siècle, Christophe Bigot

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Ed.  de La Martinière, janvier 2015, 413 pages, 20.9 euros.

 Liszt, Ingres, Marie d'Agoult, George Sand, Lehmann, Delacroix, autant de noms réputés du 19ème siècle que nous croyons connaître, mais qui, si on s'y penche un peu, restent de parfaits inconnus. Pourtant, ces personnages ont vécu le grand siècle de la littérature, de la peinture et de la musique. Ils se connaissaient tous, partageaient les mêmes salons littéraires, et avaient en commun la même volonté d'incarner la référence dans leur domaine.
Christophe Bigot donne la parole à Henri Lehmann, peintre aujourd'hui oublié, élève du grand Ingres, et témoin privilégié de cette petite cour savante.
Fils d'orfèvre, Lehmann a quitté son Allemagne natale pour suivre des cours de peinture à Paris et parfaire ainsi son art. Celui qui se définit comme "un humanitaire et un citoyen du monde" devient l'élève modèle du cours du célèbre Ingres. Lorsque ce dernier rejoint l'Italie pour devenir directeur…

Billet d'humeur (8) Au secours!

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AU SECOURS! est la première réflexion qui m'est venue à l'esprit lorsque j'ai lu le top 50 2014 des ventes de livres en France, mis en ligne par Livres Hebdo (le lien ici)
Sur les 50 ouvrages proposés, je n'en ai lu que trois dont un il y a bien longtemps dans le cadre des mes années universitaires (devinez lequel?) Non, non je ne vous parle pas de 50 nuances de Grey, dont même mon époux, qui avait commencé à le lire pour dire de changer de son perpétuel Auto Plus, a abandonné au bout de 90 pages en concluant laconiquement: "c'est vraiment nul!"
Tous les goûts sont dans la nature dit-on, et après une étude super poussée (hum hum) de ce palmarès, trois réflexions émergent:
Les français lisent et c'est une bonne nouvelle! J'aimerai connaître la formule magique du trio infernal Musso-Lévy-Pancol pour attirer autant de lecteurs.Ouf, le Bescherelle redevient un livre de chevet!Si on suit à la lettre les 10 commandements du lecteur de Daniel Pennac, le s…

RUE DES ALBUMS (80) Sauvage, Emily Hughes

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Ed. Autrement Jeunesse, janvier 2015, traduit de l'anglais (GB) par Camille Gautier, 32 pages, 12.5 euros.
 Joliment Sauvage!
"Elle était à sa place et la vie était belle".
Mais de qui parle-t-on? De l'enfant sauvage bien sûr! Un bébé tout rose, tout dodu, est découvert par les animaux de la forêt qui l'accueillent naturellement à bras ouverts.
Tandis que les oiseaux lui apprennent à parler, les ours lui expliquent comment chasser, et les renards répondent toujours présent pour s'amuser au fond de leurs terriers.
Bébé grandit et devient une petite fille aux grands yeux ouverts sur la nature, avec une belle chevelure verte de feuilles et de pousses. La vie se passe pour le mieux au milieu de sa famille d'adoption jusqu'au jour où "des animaux inconnus", des braconniers en fait, la trouvent, en colère, les cheveux coincés dans leur piège!

"Elle n'était pas à sa place, et la vie était triste."
Du jour au lendemain, petite Sauvage e…

FRAGMENT DE BD (9) Elle s'appelait Tomoji, Jirô Taniguchi

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Ed Rue de Sèvres (L' École des Loisirs), traduit du japonais par Corinne Quentin, janvier 2015, 120 pages, 17 euros.

La force faite femme.
Ouvrir un manga de Taniguchi, c'est ouvrir une parenthèse enchantée dans laquelle la douceur prédomine malgré les vicissitudes de la vie.
L'auteur n'est pas à son premier coup d'essai quant à mettre une femme comme personnage central de son récit. Déjà, avec Les années douces (adaptation en manga du très beau roman de Hiromi Kawakami), le lecteur découvrait cette façon toute personnelle, avec une réelle économie de moyens, de décrire le sentiment amoureux.
Cette fois-ci, il réitère avec Tomoji, jeune femme au nom masculin. De sa naissance au début du siècle dans un Japon rural, au sein d'une famille de commerçants courageux, jusqu'à son mariage avec Fumiaki, un petit cousin, Tomoji va connaître toutes les émotions humaines: l'abandon, la perte, l'espoir, la ténacité, mais surtout, l'éveil à l'amour.
Parc…

Les derniers jours de Smokey Nelson, Catherine Mavrikakis

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Ed. 10/18, décembre 2014, 311 pages, 7.5 euros.

"Il n'y a aucune vérité. Pas d'épiphanie."
Cela fait dix-neuf ans que Smokey Nelson attend son exécution, dans le couloir de la mort. La moitié de sa vie, il l'a passée à se projeter sur la chaise électrique, puis sur une table médicale. Il accepte tout à fait son sort, assume même son acte, même s'il est incapable finalement de l'expliquer. Par une nuit chaude de 1989, il a massacré un couple et leurs deux enfants arrêtés pour la nuit dans un hôtel d'Atlanta. Le témoignage de la gérante croisée sur le parking  permit de retrouver rapidement le criminel.
Finalement, l'auteur s'intéresse peu à l'assassin, mais davantage aux victimes "collatérales" de son geste odieux. Dans un récit choral, trois voix racontent leur vie après le massacre, et comment ce fait divers a constitué un tournant dans leur vie respective.

Nous sommes en 2008 et partout est annoncée la prochaine exécution de S…

Maman au bois dormant, Jacqueline Wilson

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Ed. Folio Junior Gallimard, traduit de l'anglais par Vanessa Rubio-Barreau, novembre 2012, 304 pages, 8.2 euros.

Maman est dans le coma.
Ella vivait bien tranquille avec maman dans leur petit appartement. Certes, après le départ de papa, il avait fallu s'organiser, mais toutes les deux avaient trouvé leur rythme, ponctué par des visites de plus en plus rares de l'ex-homme de la famille. Et puis, Jack est apparu dans leurs vies. Maman, de nouveau amoureuse, s'est installée avec ce professeur, un brin bordélique, touchant, et ne sachant pas quoi faire pour plaire à sa belle-fille. Mais Ella ne fait pas d'effort, car un père elle en a un, même si ce dernier se fait oublier de plus en plus souvent...
Quand Ella a appris qu'elle allait être grande soeur, l'angoisse est montée. Quelle responsabilité! Et si maman allait aimer davantage le bébé de son nouveau compagnon plutôt qu'elle? Du haut de ses neuf ans, de multiples questions harcèlent son esprit; maman ten…

L'accident de téléportation, Ned Beauman

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Ed. Joëlle Losfeld, traduit de l'anglais (USA) par Catherine Richard, janvier 2015, 368 pages, 25 euros.

Déroutant et jubilatoire.
Egon Loeser est allemand, orphelin de parents psychanalystes qui lui ont laissé une petite fortune, et vit à Berlin dans les années 30. Alors que le contexte politique pourrait le pousser à quitter le pays pendant qu'il est encore temps, Egon ne semble pas affecté par ce qu'il voit autour de lui.
 "Au début de l'année 1933, même le Berlinois le plus insouciant et égotiste -même Loeser, donc - ne pouvait manquer de constater qu'il se passait quelque chose d'ignoble."
 Décorateur de théâtre, il passe son temps à vouloir reproduire une étrange machine inventée au dix-septième siècle par un certain Lavicini. Ce dernier avait trouvé le moyen de remplacer le décor grâce à un système inédit de poulies efficaces qui, pour ceux ignorant la mécanique, pouvait passer pour une machine à téléportation. Alors, Egon, très sûr de lui, comp…

Dans son propre rôle, Fanny Chiarello

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Ed. de l'Olivier, janvier 2015, 236 pages, 18 euros.
Comme un air d'opéra.
Fanny Chiarello situe son nouveau roman dans la Grande-Bretagne de l'après-guerre, en 1947 exactement, du côté de Brighton, ville devenue célèbre en littérature grâce à Graham Greene (1938).
Le récit plonge le lecteur dans le monde feutré de la domesticité. Fenella, personnage principal, travaille comme domestique au Wannock Manor, propriété de Me Ferrier. Ce travail où il faut "se fondre au mobilier, se faire oublier pour ne pas gâcher le sentiment d'intimité des maîtres" lui convient parfaitement, car cette jeune femme aime être en retrait, et son mutisme y contribue beaucoup. Alors que certains pourraient y voir "une faiblesse intellectuelle" ou "le reflet d'un vide intérieur", Fenella est muette depuis peu. Jadis, son amoureux platonique, Jimmy, l'invitait à parler, mais depuis sa disparition, tout le monde prend son handicap comme un fait acquis et bie…

Billet d'humeur (7) Mais qu'est-ce que c'est que ce blog?

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Il y a quelques jours, je fus le témoin indirect d'une bien étrange affaire. Au départ, un statut anodin posté sur Facebook relatant certaines pratiques utilisées sur les blogs littéraires pour convoiter de nouveaux lecteurs. L'opinion formulée n'était pas du tout polémique, ne visait personne en général et aucun blog en particulier, mais l'individu à l'origine du propos (eh non ce n’était pas moi) a dû supprimer ce qu'il avait écrit suite à de nombreux mails et messages privés pour le moins vindicatifs (informations précisées sur un statut postérieur). Déjà, certaines réponses valaient leur pesant d'or, et on sentait que quelques blogueurs se sentaient visés. (Vive la liberté d'opinion sur les réseaux sociaux!)
Il est dommage d'en arriver là, d'être obligé d'effacer ce qu'on pense et s'excuser (presque) pour que les contacts Facebook se calment et se réconcilient avec leur ego. Le problème est que cette lectrice avait vu juste, et …

RUE DES ALBUMS (79) Moi j'aime pas comme je suis, Alma Brami et Amélie Graux

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Ed. Albin Michel Jeunesse, avril 2011, 26 pages, 11 euros.

Nous sommes tous uniques!
On est confronté très tôt au regard de l'autre. La socialisation passe aussi par cette étape, et l'école est un lieu où on se sent "à découvert".
Dans, Moi j'aime pas comme je suis, une petite fille de cinq ans fait l'inventaire de ce qu'elle voudrait changer sur son physique. En se comparant aux autres, notamment sa copine Sonia, elle croit avoir les joues trop rondes et trop de poils noirs sur les bras. Elle échangerait bien sa longue chevelure brune pour les cheveux dorés de sa copine, même si cette dernière adorerait avoir sa tresse:
"Moi, je voudrais être comme Sonia ma meilleure amie, si fine et si grande, avec de beaux cheveux, tout blonds et tout raides."

Comme le dit l'adage, "il faut de tout pour faire un monde", mais à cet âge, l'estime de soi vient surtout avec le regard d'autrui. Il suffit que le petit Thomas, petite bouille au…

Si le rôle de la mer est de faire des vagues, Yeon-su Kim

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Ed. Philippe Picquier, janvier 2015, traduit du coréen par Lim Yeong-Hee et Mélanie Basnel, 267   pages, 19.5 euros.

Secret de famille.
La jeune Camilla Portman est à un tournant de sa courte vie. Sa mère adoptive vient de mourir et son père lui annonce sa prochaine union. Comme ce dernier quitte la demeure familiale, il envoie à la jeune femme six cartons dans lesquels sont entassés ses souvenirs d'enfance. Pour Camilla, les ouvrir, c'est un peu ouvrir la boite de Pandore de son histoire personnelle. De ses origines, elle ne sait rien si ce n'est qu'elle a été adoptée bébé et qu'elle est originaire d'une ville côtière de Corée du Sud, Jinnam. Seul son reflet dans le miroir lui rappelle qu'elle n'est pas la véritable fille de ses parents:
"Qui étais-je alors, moi, Camilla Portman? Chaque fois que je croisais mon reflet dans le miroir, mes cheveux noirs, mes yeux bridés, je me disais que la pauvre petite Camilla avait été obligée d'enfiler le ma…

Trois frères, Peter Ackroyd

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Ed. Philippe Rey, traduit de l'anglais (GB) par Bernard Turle, janvier 2015, 288 pages, 19 euros.

"Enfin ma vie commence."
Un soir, au retour de l'école, Harry, Daniel et Sam ont vainement attendu le retour de leur mère Sally, en goûtant à la table de cuisine. Leur père, Philip Hanway, était déjà parti au travail comme gardien de nuit. Jamais ce dernier leur expliqua ce départ inattendu. C'était arrivé, voilà tout.
La fratrie, née le même jour à un an d'intervalle, grandit dans une maison triste et fit de l'absence maternelle, une force, une arrogance pour s'en sortir et quitter enfin le quartier de Crystal Street à Camden Town. Seul le petit dernier, Sam, sembla souffrir plus que les autres. D'un naturel doux et rêveur, l'école ne devint pas pour lui un tremplin vers la réussite, mais plutôt une obligation, considérant que la vie pouvait s'accomplir autrement que par la voie professionnelle.

La majorité et les études ont vite eu raison de…

La rue des étoiles, Bart Moeyaert

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Ed. Le Rouergue Jeunesse, traduit du néerlandais (Belgique) par Daniel Cunin, novembre 2013, 158 pages, 11.7 euros.

Et si on rêvait?
Un village, dans la chaleur étouffante de l'été. Assis sur le toit de ce qu'ils appellent leur repère, Bossie, Oskar et Camille passent le temps en regardant ce qui se passe dans la rue des étoiles. Force est de constater qu'il ne se passe pas grand chose. L’événement le plus marquant est la promenade de la voisine impotente avec son vieux teckel, chaque jour, à la même heure. Alors, dès qu'elle n'apparaît plus au rendez-vous, l'imagination des ados s'emballent...
Autant Camille éloigne l'ennui en lisant, autant les deux frères se sentent happés par lui. Le narrateur, Oskar, curieux de nature, s'invente des histoires où il vit de merveilleuses aventures. Les petits événements du quotidien aliment l'imaginaire de l'enfant et lui permet de supporter la longueur des heures qui défilent.

"Les nouvelles quelcon…

REGARDS CROISES (12) Le démon avance toujours en ligne droite, Eric Pessan

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Ed. Albin Michel, Janvier 2015, 250 pages, 20 euros

Regards croisésUn livre, deux lectures. En collaboration avec Christine Bini "La vie n'est pas possible sans littérature." "Il a fallu qu'une maison se vide pour qu'un voyage se fasse. Des événements parfois génèrent des conséquences imprévues, entraînent des éboulements inédits."
De son enfance, David Le Magne retient surtout l'absence d'un père. Elevé par sa mère et sa grand-mère, il a grandi dans un climat lourd, oppressant, dans lequel "le silence était le socle implicite des échanges". Des hommes de la famille, il ne sait rien, sinon qu'ils ont fuis, cédant à leurs propres démons, pour finir clochards: "Des hommes de famille, je ne connais que les légendes, les fables contradictoires et nerveuses, les histoires d'abandon, d'alcoolisme, les tragédies et les malédictions."
Justement, le mot "malédiction" est au cœur du récit. David est devenu un homme e…

LoveStar, Andri Snaer Magnason

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Ed. Zulma, janvier 2015, traduit de l'islandais par Eric Boury, 432 pages, 21.5 euros

Bienvenue dans la nouvelle Gange du Nord!
Tout commence avec de bonnes intentions. Depuis que les animaux sont devenus les victimes de notre monde hyper connecté, au point d'en perdre leur sens inné de l'orientation, un groupe de scientifiques a décidé justement d'étudier leurs ondes, phénomène hautement plus intelligent et simple que l'armada dont nous avons besoin pour être au firmament des nouvelles technologies:
"Des créatures dotées d'un cerveau de la taille d'une noix, d'une graine ou d'un grain de poussière, possédaient cette capacité alors que l'homme, avec sa lourde tête, avait besoin de dix-huit satellites, de récepteurs, de radars, de cartes, de boussoles, de stations, de télégraphes, de vingt années d'études et d'une atmosphère tellement saturée d'ondes qu'elle en avait perdu toute transparence."
Leurs recherches, baptisées…