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Articles

Affichage des articles du février, 2015

TREVE HIVERNALE

Première pause 2015! Fragments de lecture s'octroie une semaine de vacances, histoire de recharger ses batteries physiques et livresques! Retour des chroniques le 9 mars prochain!

En attendant, quelques fragments de mes prochaines lectures:


Ceux qui restent, Allan Garganus

Ed. Christian Bourgois, février 2015, traduit de l'anglais (USA) par Anne Rabinovitch, 465 pages, 24 euros.

A travers trois nouvelles bien distinctes, Allan Garganus entreprend l'étude des habitants de la petite ville imaginaire de Falls, en Caroline du Nord, ancien haut lieu de la plantation de tabac, traversée par la rivière Lithium, et au sein de laquelle tout le monde se connaît, s'épie, se juge, se jalouse et s'entraide aussi, parfois.

A Falls, on compte treize églises, on accorde davantage sa confiance au Docteur qu'à Dieu. Lui, au moins, est capable de nous rallonger notre durée de vie s'il a bien diagnostiqué notre mal! Le Médecin, Marion Roper, surnommé, Doc, a soigné deux générations de Déchus (entendez par là The Fallen soient les habitants de Falls) et connaît ainsi tous les secrets médicaux de chacun. Il est vite devenu un exemple à suivre, et son recul légendaire face à l'adversité fait qu'on dit de lui: "il nous domine tous, un peu c…

Fantoccio, Gilles Barraqué

Ed. L'Ecole des Loisirs, collection Médium, février 2015, 300 pages, 16 euros.

Un pantin amoureux.
Gilles Barraqué s'est inspiré du conte moderne Pinocchio de l'italien Carlo Lorenzini pour imaginer un récit bien plus sombre que le modèle.

Fantoccio est né sur une table de bois, un soir, grâce à la sorcellerie de la vieille Strega. Son créateur, Guiseppe, surnommé Gepetto, lui a permis de recevoir l'étincelle de vie, et ne pas être un simple pantin de bois. Ainsi, il a les facultés de penser, de ressentir et d'agir en conséquence, seule son apparence fait de lui un jouet:
"Le miroir est un mensonge, le premier auquel je me trouve confronté. Il me révèle pourtant tel que je suis, assis au bord d'une table. Le fût poli de mon buste, le bassin, les membres qui s'y articulent, les bras fins en trois parties, dont la main. Les doigts que je peux faire jouer mais qui restent fixes si je ne les commande pas (...) [la tête] c'est bien une boule. Les traits…

REGARDS CROISES (13) Mr Mercedes, Stephen King

Ed. Albin Michel, janvier 2015, traduit de l'anglais (USA) par Océane Bies et Nadine Gassie, 550 pages, 23.5 euros.
Regards croisésUn livre, deux lectures. En collaboration avec Christine Bini Sous le parapluie de la déception. Chaque année, la sortie du dernier roman de Stephen King est précédée de quantités de commentaires, de posts, d'articles même de la part de lecteurs qui ont lus le roman en langue originale, et s'impatientent de la parution en France. Mr mercedes n'a pas dérogé à la règle. Outre le fait qu'une grande chaîne de magasins avait anticipé sa sortie en le proposant avant tout le monde, les grands admirateurs de King s'interrogeaient encore et encore sur le choix de la couverture et son virage à cent quatre vingt degrés concernant l'intrigue. La couverture et la quatrième de couverture sont plutôt réussies, le concepteur ayant été attentif aux symboles contenus dans le récit. Il pleut des gouttes de sang, ce qui, dans un roman de Stephen Ki…

Une éducation catholique, Catherine Cusset

Ed. Gallimard, collection La Blanche, août 2014, 144 pages, 15.9 euros

Chacun cherche son Dieu.
Marie a grandi dans un foyer à moitié athée. Alors que sa mère s’accommodait très bien de vivre sans croire en un seul Dieu, son père, lui, allait tous les dimanches à la messe, et a tenu à ce que ses deux enfants fassent leur communion solennelle. Pour Marie, l'embrassement de la foi a été aussi un choix stratégique pour s'attirer un peu plus l'amour paternel qu'elle trouvait un peu trop dirigé vers sa grande sœur Laurence, garçon manqué, forte en tout, et terriblement indépendante. La cadette passe pour une pleurnicheuse, une momolle dont un rien peut la perturber pendant des heures. Aller à l'église c'est aussi vouloir plaire:
"Il y a deux choses que, toute mon enfance, je fais avec papa: prendre l'air et aller à la messe. (...) Pour maman, ce sont deux occasions hebdomadaires de se débarrasser de nous."

A dix ans, Marie s'arrange avec la religio…

Billet d'humeur (9) Quand Fifty Shades of Grey s'invite à l'école...

Pour rappel, je n'ai pas lu 50 nuances de Grey, ni vu le film, ni n'avait eu la curiosité de visionner la bande-annonce. PAR CONTRE, je ne suis pas née de la dernière pluie, je sais de quoi ça parle, et j'ai lu quelques critiques...

Ce que vous allez lire sont des anecdotes vécues dans une école primaire où je suis instit depuis quelques années déjà, ou celles rapportées par ma fille, élève de 4ème en collège.





Il y a une quinzaine de jour, l'emploi avenir qui travaille à l'école me dit :
- Plus que six!
- six quoi?
- Ben six jours avant la sortie de Fifty Shades!
- Oh, ça...
- Me dis pas que t'as pas lu la trilogie?
- Ben nan!
- C'est pas parce que ce n'est pas de la grande littérature que ça ne mérite pas d'être lu!
- C'est quoi pour toi de la grande littérature, parce que moi j'avoue ne pas savoir vraiment quelle œuvre y mettre...
- ..... Lire Fifty Shades c'est le kiffe total, surtout dans le métro à Paris; les gens me regardaient drôle genre …

RUE DES ALBUMS (87) Le mystère, Rebecca Cobb

Ed. Nord-Sud, janvier 2015, traduit de l'anglais (GB) par Agnès de Ryckel, 28 pages, 12 euros.

Qui se cache dans le trou?
"Sous le cerisier du jardin, il y a un petit trou, on l'a trouvé le jour où j'ai lancé ma balle et qu'elle n'est pas revenue."
Il suffit que survienne quelque chose inattendu pour que l'imagination se mette en marche. Ce trou sombre dont on ne voit pas le fond attise la curiosité du petit garçon et de son chien. Il y a sûrement quelqu'un caché la dedans; cette ouverture n'est pas arrivée là par hasard... Le mystère s'épaissit, surtout qu'aucun indice ne vient confirmer ou infirmer les hypothèses des personnages.

Repère d'une souris, d'une horde de grenouilles? Refuge d'un gentil troll ou d'un dragon qui hiberne en cachette? Terrier d'un blaireau ou d'une taupe? Bref, tout le monde a un avis différent, et pendant ce temps, aucun animal ne vient pointer le bout de son nez!

Ce trou peut être la m…

RUE DES ALBUMS (86) Sans défense ngangou a tia lo! Yves Pinguilly et Florence Koenig

Ed Autrement, janvier 2015, 24 pages, 13.95 euros.
Raconter l'indicible. Donali aux longs cheveux qui lui servent de pagne aime Pougaza  son mari, "le plus grand cueilleur de miel sauvage". La vie en Centrafrique semble paisible au sein d'une nature verdoyante et généreuse. Comme un bonheur n'arrive jamais seul, Donali va s'appeler bientôt Djonimama car elle attend un bébé!

Un jour, "les arbres fermèrent leurs yeux" et le petit Zotizo naquit. Dans le même temps, après vingt-trois mois de gestation  Doli Wâli l'éléphante mit au monde Doli Kôli.
Les saisons passent et Zotizo vit en harmonie avec la nature et confie ses secrets aux animaux de la forêt. Mais son préféré reste l'éléphant:
"Mais c'est avec Doli Kôli qu'il parlait le plus. Cet éléphant était un peu son cousin: ils étaient nés le même jour et c'est le même jour qu'ils avaient pour la première fois été piqués par un moustique."

Hélas, l'harmonie ne dure …

De haute lutte, Ambai

Ed. Zulma, février 2015, traduit du tamoul par Dominique Vitalyos et Krishna Nagarathinam, février 2015, 213 pages, 18 euros.

Être une femme en Inde.
De haute lutte plonge le lecteur dans le quotidien de la femme indienne et la complexité de son statut. A travers quatre nouvelles, ce recueil met en avant ses personnages féminins. A chaque fois, même si elles sont cultivées, bardées de diplômes, ou occupent un poste professionnel important, elles ne sont que l'épouse de quelqu'un. Ainsi la réussite n'est qu'une façade. En Inde, on reste d'abord la propriété d'un homme, et ce dernier a tous les droits sur elle:
"En bonne représentante de la tradition féminine hindoue, pour peu qu'il fut son mari, elle aurait consacré sa vie à un lépreux."

Ambai raconte quatre récits de vie dont le point commun est la position de la femme au sein du foyer familial. Mariées à un drogué violent, un avare, ou un chanteur jaloux de la supériorité de voix de son épouse, e…

Notre mère, Koren Zailckas

Ed. Belfond, traduit de l'anglais (USA) par Samuel SFEZ, 433 pages, 21.5 euros.

Notre mère, cette inconnue.
Depuis un an, la famille Hurst a appris à vivre avec la disparition de la fille aînée, Rose. Enfin, chaque membre a plutôt développé un système de survie bien personnel: le père, Douglas, s'est réfugié dans le travail et l'alcool, la soeur, Violet, se drogue et devient adepte de religions alternatives, et la mère, Josephine, reporte toute son attention sur le petit frère Will.
"Rose avait laissé un vide dans la famille, et chaque jour elle semblait leur retirer quelque chose de plus. Le fossé entre leur situation actuelle et ce qu'ils avaient été semblait se creuse de jour en jour. (...) Rose avait transformé la famille parfaite de leur mère en une parfaite épave."

Josephine est la pierre angulaire de cette famille. Elle donne l'apparence d'une femme équilibrée, souriante, mère attentionnée et aimante, et épouse modèle. Depuis que Will est soi-d…

A ma source gardée, Madeline Roth

Ed. Thierry Magnier, février 2015, 60 pages, 7.2 euros

A ma source gardée raconte l' histoire d'amour entre Jeanne et Lucas. Ce sont deux adolescents; ce sont les premières fois, les premiers je t'aime, les premiers frissons de plaisir, les premiers secrets.
"Avec Lucas, on n'est pas "amis". On n'est pas amis parce que moi je l'aime d'amour. On s'est menti. Enfin, je crois. On s'est menti parce qu'on s'est rien dit. Que les mots ont jamais passé nos bouches."
Jeanne est la narratrice de ce court récit où elle y raconte son amour, son chagrin et la perte de celui qu'elle aimait et qui lui avait appris les richesses du silence. Elle ne fait pas le procès de Lucas, cherche aussi ses responsabilités, mais reproche surtout cette absence de mots qui a tout gâchée alors qu'il aurait pu expliquer et atténuer le choc de la rupture.
"J'arrive pas trop à savoir. Ce qu'on fait des rêves quand ça devient moche. Si je…

Aucun homme ni dieu, William Giraldi

Ed. Autrement, janvier 2015, traduit de l'anglais (USA) par Mathilde Bach, 308 pages, 19 euros.

Au bord du cercle polaire arctique, aux confins de l'Alaska, pas si loin du détroit de Béring, vivent encore des hommes et des femmes qui ont construits leur existence en fonction des lieux et du climat. Lorsqu'on aborde le village de Keelut, une seule rue, avec des baraquements de part et d'autre, la ville d'Anchorage passe pour une mégalopole.
A Keelut, on a appris à vivre avec la nature, la neige, la glace, mais aussi les loups, car c'est "leur terre depuis qu'ils ont franchi le détroit de Béring à pied depuis un demi milliard d'années."
D'habitude, ces loups, on les entend au loin hurler, et participent aussi à la mythologie du coin. Seulement, depuis quelques temps, poussés par la faim, ils se sont trop rapprochés des hommes, au point d'y enlever des enfants pour les dévorer.

Russel Core, écrivain de "nature writing" connait b…

Ma mère ne m'a jamais donné la main, Thierry Magnier et Francis Jolly

Ed. Le Bec en l'air, janvier 2015, 96 pages et 33 photographies couleurs de Francis Jolly.

"J'entrais dans un monde de fantômes." Et parmi eux, sa mère, cette mère désignée dans le titre qui ne lui a jamais donnée la main, et le laissait derrière elle, tout occupée à tenir la menotte de Carole, la sœur jumelle du narrateur...
Car Carole, entretenait une relation fusionnelle avec la maman. Toujours en retrait, il observait ce lien inédit pour lui, espérant le partager de son côté avec son père, mais ce dernier était bien trop affairé. Alors, dans la grande maison coloniale, dans ce paradis de verdure perdu dans un pays de sable et de poussières, le narrateur a grandi dans l'ombre de ces deux femmes.
L'accident du patriarche, le retour en Métropole quand le pays sombra dans le violence, sonna le glas d'une relation sabotée dès le départ. Le garçon devenu homme coupe les liens avec celles qui auraient pu devenir les femmes de sa vie:
"Presque vingt ans sa…

RUE DES ALBUMS (85) Donne-moi une histoire, Jean-Luc Englebert

Ed. L'Ecole des Loisirs, collection Pastel, février 2015, 24 pages, 11.5 euros

A deux, c'est mieux!
"Donne-moi une histoire" demande la petite fille à son père, pour pouvoir se déguiser et enfin quitter sa chemise de nuit. Alors papa se prête au jeu, lui propose une histoire de princesse, ou de sorcière, mais la gamine trouve que c'est trop commun.
Et si l'histoire parlait de chevaliers? Ah là, c'est différent, il y a matière à inventer des rebondissements, des bagarres, et puis le déguisement lui plaît beaucoup!

Les voilà donc partis tous les deux dans une aventure dans laquelle le papa narrateur met en scène sa petite héroïne "chevalière" avec "sa puissante armée". Sauf que la narrateur invente l'histoire en allant et s'éternise sur la durée: marcher pendant des jours, non, non et non, et en plus les ennemis sont invisibles!
Alors aussitôt commencée, aussitôt terminée, la petite fille ne veut plus participer à l'histoire.…

RUE DES ALBUMS (84) Mon chien qui pue, Christine Roussey

Ed. De la Martinière Jeunesse, janvier 2015, 26 pages, 11.9 euros

Mon chien pue, et alors?
Alfred est le chien du narrateur. C'est aussi son meilleur ami, son compagnon de jeu, ou encore son doudou occasionnel en cas de gros chagrin:
"Il est toujours là quand je pleure et il ne loupe jamais une occasion de me faire plaisir!"
C'est le camarade idéal sur lequel on peut compter: toujours partant et toujours souriant, jamais soucieux de son apparence. Et heureusement, car Alfred ressemble à une grosse saucisse avec des oreilles tombantes. Mais pour le narrateur, son chien a un problème bien pire que son physique: il sent mauvais!
"Il pue des pieds, des oreilles. Il pue du nez, il pue du dos, du ventre. De l’œil droit et aussi du gauche, des moustaches et de la queue. Bref, du sol au plafond, ALFRED PUE"
C'est une évidence, son odeur peut être source d'exclusion, alors il faut trouver une solution.
Avant de se résoudre à le baigner, le petit garçon a essa…

C'était écrit, Georges-Olivier Chateaureynaud

Ed. Rhubarbe, avril 2014, 4ème volet des publications célébrant les 10 ans de la maison d’édition, avril 2014, 52 pages, 5 euros.


L'Odyssée de Léo.

Comme tous les soirs, Léo, employé de librairie prend le train pour rentrer chez lui et retrouver son épouse Tarpéia. Cette fois-ci, au lieu de prendre l'omnibus de 18h15, il monte dans le semi-direct de 18h08, en pensant rentrer plus vite. Il était loin de penser que son voyage durerait dix ans...
Léo est un homme qui se laisse porter par l'aventure et les femmes. Il suffit d'un doux regard de Séléné dans le wagon pour qu'il la suive jusque chez elle. Tant pis, c'est ainsi, et le lendemain, pour se faire pardonner son absence il achète un cadeau pour son épouse, mais entre temps, une autre femme, Daphné aura raison de ses intentions, et ils partiront ensemble pour l'Italie, où d'autres aventures l'attendent.
Tout au long de ce récit, on ne sait pas comment Léo vit les choses. Tout juste sait-on que sa routi…

2 heures du matin à Richmond Street, Marie-Hélène Bertino

Ed. Kero, janvier 2015, traduit de l'anglais (USA) par Edith Soonckindt, 336 pages, 16.9 euros.

Une nuit pour tout changer.
Richmond Street se situe dans le quartier populaire de Fishtown à Philadelphie. Tout le monde se connaît, tout le monde, sous des airs bourrus, veille les uns sur les autres. C'est ainsi que, depuis la mort de sa mère, Madeleine bénéficie de l'attention discète mais persévérante des commerçants du quartier. Au moins, quelques uns font attention à cette gamine de neuf ans plus ou moins livrée à elle-même, car son père ne se comporte plus en père, incapable de gérer la perte de sa femme:
"Mark voudrait aimer sa fille, mais le fait d'être près d'elle ne fait que raviver le manque de sa femme. Madeleine n'est jamais que ce qu'il en reste."
Alors, pour briser le silence pesant de l'appartement, la gamine s'annonce tout haut dans chaque pièce, écoute du jazz, mais surtout s'entraîne au chant.
Madeleine a été bercée par …

#Bleue, Florence Hinckel

Ed. Syros, collection Soon, janvier 2015, 254 pages, 15.9 euros.

Et si on supprimait la douleur émotionnelle?
Dans un futur proche, la société est aseptisée. Depuis quelques temps, il est possible d'éradiquer la douleur émotionnelle et affective afin de vivre sans stress. Ce processus s'appelle l'éradication, et à chaque fois qu'un patient le subit, un petit point bleu très brillant apparaît à l'intérieur du poignet.
Parfois, la démarche est volontaire, parfois non. Quand on estime qu'un de nos proches souffre trop, il est possible d'appeler le C.E.D.E pour l'emmener afin d'éradiquer sa douleur.
"On les voit parfois intervenir dans la rue. Ils se déplacent à toute allure en navette jaune qui stoppe brutalement sur le lieu de l'urgence. Quatre individus vêtus d'une combinaison jaune, au dos de laquelle sont inscrites en noir les lettres C.E.D.E, en sortent avec assurance. L'un deux transporte une valise noire. Ils se dirigent vers le…

Le paradoxe de Fermi, Jean-Pierre Boudine

Ed. Denoël, collection Lunes d'Encre, janvier 2015, 192 pages, 18 euros.

"Je suis maître de moi comme de l'Univers" (Cinna, Corneille)
Le paradoxe de Fermi tel qu'il est énoncé en  fin de roman dans un dialogue entre les protagonistes, et expliqué dans la postface, n'est qu'un prétexte pour justifier en partie un effondrement mondial plus vaste dans lequel l'apparition de la vie et la civilisation n'ont fait qu' accélérer le processus et apporter une extrème instabilité au système.

Le roman est le vaste monologue de Robert Poinsot, qui, réfugié au fin fond de l'arc Alpin, a décidé de retranscrire par écrit les événements qui ont secoués la planète ces dernières années. Notre narrateur est un survivant de la crise systémique qui a ébranlée les places boursières et provoquée l'effondrement de nos modèles économiques:
"A une vitesse effarante, tout s'arrêtait, l'argent (une grande partie de l'argent) disparaissait et la p…

La confession de la lionne, Mia Couto

Ed. Métailié, janvier 2015, traduit du portugais (Mozambique) par Elizabeth Monteiro Rodriguez, 240 pages, 18 euros.

Repère de fauves.
Dans "la brousse, là où les hommes ont oublié toutes les leçons", la lionne veille. Elle a encore sévi dnas le village de Kulumani, et par habitude, un lion revient toujours sur les lieux de son forfait.
Pendant ce temps, à Kulumani, après la consternation, la population s'organise. Silência n'est pas la première victime du prédateur. Avant elle, d'autres jeunes filles, dont ses sœurs jumelles. De ce fait, Genito Mpepe et Hanifa Assulua n'ont plus que Mariamar, mais cette dernière passe pour une folle aux yeux de ses semblables.

Parfois, la folie protège de ses contemporains. Il n'est pas bon d'être née femme au milieu de la brousse. Il n'est pas bien vu non plus de savoir lire et écrire. Dans cette communauté où les hommes font la loi, Mariamar raconte dans un journal les événements, et sa nouvelle rencontre avec…

RUE DES ALBUMS (83) Le jour où loup gris est devenu bleu, Gilles Bizouerne et Ronan Badel

Ed. Didier Jeunesse, janvier 2015, 35 pages, 12.5 euros.

Au fin fond de la Provence, loup gris a très faim, très très faim même.Pas facile d'approcher des proies puisqu'il est connu comme le loup blanc! Alors, un matin, il décide de tenter sa chance dans un village, laissant son flair le guider. Près d'une maison isolée, loup gris repère un énorme pot en terre cuite. Et si ce dernier renfermait de quoi manger?

"Et HOP! il saute sur le rebord du pot,
mais ZOU! il glisse
et PLOUF! tombe à l'intérieur.
Dans le pot, c'est comme de l'eau.
Loup gris donne des coups de pattes, tente de remonter, glisse à nouveau..."

Sauf qu'à la place de l'eau, c'est de la peinture bleue! Loup gris réussit à s'évader, mais il est désormais tout bleu "du museau jusqu'au bout de la queue." Finalement, même s'il n'est pas très beau, sa nouvelle teinte lui profite bien. Les animaux n'ayant jamais vu un prédateur bleu, se laissent facilement a…

RUE DES ALBUMS (82) Les Trois petits Chenillons, Eric Battut

Ed. L'élan Vert, collections les petits m, juin 2013, 32 pages, 12.2 euros

Eric Battut s'est directement inspiré de l'histoire des Trois Petits Cochons pour proposer aux jeunes lecteurs trois petites chenilles à la recherche d'un abri.

"Ils cherchaient un endroit pour y construire chacun sa maison, son abri."

Si l'une la fabrique en brindilles, l'autre préfère les herbes sèches, quitte à ne pas bien comprendre pourquoi la troisième préfère se réfugier dans un cocon de fil qui semble bien fragile.

Mais qui peut décider finalement de la solidité de l'abri, sinon un ennemi? Alors quand Monsieur Oisillon décide de les importuner sous couvert de vouloir jouer, il vient vite à bout des constructions de fortune. Comme les chenilles ne veulent pas lui ouvrir de peur d'être dévorées, l'oiseau est en colère.... Arrivé devant le cocon, sûr de lui, il croit que le cocon de fil ne lui résistera pas! Il se trompe!

Ce conte détourné est illustré avec des …

Azami, Aki Shimazaki

Ed. Actes Sud / Léméac, janvier 2015, 136 pages, 13.9 euros

Mitsuo, la trentaine est un homme accompli en apparence: il est rédacteur dans une revue culturelle, heureux en ménage avec Atsuko et leurs deux enfants. Seul bémol au tableau, le couple est sexless depuis trois ans. Pourtant, il n'en veut pas à son épouse d'être devenue "mère plutôt que femme", avoue même qu'il a une part de responsabilités, et en aucun cas, envisage de se séparer de la mère de ses enfants. Alors, pour assouvir ses besoins sexuels, il se contente de se rendre dans les Pink-salon, les video-box ou autres Fuzoku-ten, lieux de services sexuels.

Depuis quelques temps Mitsuo est souvent seul la semaine dans la grande ville. Son épouse et les enfants passent de plus en plus de temps à la campagne car Atsuko développe un projet de cultures bio. Au gré de ses errances, il rencontre un ancien camarade d'école, Gorô Kida, devenu le président d'une compagnie importante. Ensemble, ils se sou…

Un nageur dans la ville, Joaquin Perez Azaustre

Ed. Seuil, collection Cadre Vert,  traduit de l'espagnol par Delphine Valentin, janvier 2015, 202 pages, 18.5 euros.

Effacement.
Jonas est un nageur anonyme dans l'immense ville où il vit. Depuis sa rupture avec Ada, il a déménagé au sud de la cité, mais continue à cotoyer le bassin situé au nord, lui permettant ainsi de profiter du métro, ou de se promener dans les rues à la recherche de la photo qui sortira de l'ordinaire.
Car, Jonas est aussi un photographe. Reporter de presse dont la vente de ses tirages assure sa subsistance, il se tourne désormais vers la photographie d'art. Il a même un projet en tête, que son ami Sebastian serait susceptible d'exposer en galerie: refléter la fin de lieux, la fin de toute chose à travers l'image:
"Des immeubles sur le point d'être détruits, des rues fermées à la circulation, des chantiers qu'on a laissés à moitié finis, des intérieurs de palais que plus personne ne visite, des magasins qui ont baissés le ride…

Au cochon porte bonheur, Kim Jong-Ryeol

Ed. Picquier Jeunesse, traduit du coréen par Yeong-Lee Lim et Françoise Nagel, illustré par  Suk-Kyeong Kim, avril 2013, 111 pages, 12.9 euros

L'avidité de toute chose est un vilain défaut...
Dans la ville d'Azalée, un étrange commerce vient de s'ouvrir. Il s'appelle "Au cochon porte bonheur" et le prospectus déposé dans les boîtes aux lettres y promet monts et merveilles aux futurs clients:
"Azaléeens! La chance vous attend au cochon porte-bonheur. Venez nombreux et emportez l'article de votre choix sans débourser un sou. Parole de Cochon porte-bonheur!"

Le jeune narrateur raconte alors comment sa mère, son père et tous les autres habitants se sont faits prendre au piège. La file d'attente devant le magasin ne désemplit pas, et au rythme de dix clients par jour, l'enseigne ne fait que des heureux. Chacun ressort avec un objet banal en apparence mais que le gérant du magasin affuble d'une origine magique ou célèbre. Ainsi, la Terreur…