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Articles

Affichage des articles du mai, 2015

RUE DES ALBUMS (97) Comment bien promener sa maman, Claudine Aubrun et Bobi+Bobi

Ed. Seuil Jeunesse, mai 2015, 30 pages, 12.9 euros.

Bonne fête maman!
Dans cet album, les rôles sont inversés: c'est le petit narrateur qui prend soin de sa maman.
"J'aime bien promener ma maman, ça lui fait du bien. Il faut qu'elle respire, qu'elle s'aère, qu'elle se dépense, qu'elle prenne du bon temps..."

Lu comme ça, on pourrait croire que le gamin prend sa mère pour un animal de compagnie, mais non, nous sommes en plein jeu de rôles. Ainsi, tout ce que demande maman à son fils, toutes les petites attentions, les grandes recommandations, les gestes tendres, sont accomplis par le bambin.

"Je suis obligé de l'aider car maman est tête en l'air. Elle rêvasse, elle téléphone... elle fait des tas de choses à la fois."
En pointant ses propres défauts, l'enfant met en avant les qualités de celle qui prend soin de lui, comme la capacité de faire plusieurs choses à la fois.

Qui a dit que seuls les enfants pouvaient se perdre? C'…

1Q84 (3 tomes), Haruki Murakami

Ed. 10/18, Traduit du japonais par Hélène Morita et Yôko Miyamoto, 2012-2013, 28.8 euros


 TOME 1 
On avait quitté Haruki Murakami avec son autorportrait de l’auteur en coureur de fond, mais le dernier « vrai » roman du japonais était le fameux Kafka sur le rivage dans lequel il excellait dans son traitement de la littérature fantastique.


1Q84 commence comme un roman bien ancré dans la réalité… sauf que chez Murakami, l’exception mérite d’être signalée. En effet, il faut attendre le dernier quart de ce premier tome pour retrouver l’ambiance surréaliste chère à l’auteur. Avant, grâce à l’alternance des chapitres, le lecteur suit le quotidien de Tengo, professeur de mathématiques et écrivain à ses heures perdues, embauché par son ami éditeur pour remanier le manuscrit d’une gamine de dix sept ans, pépite littéraire mais bizarrement dépourvu de style, ainsi que celui de Aomamé, jeune fille bien sous tous rapports, prof de stretching et tueuse à gages de temps en temps. Insidieusem…

Le paradis des animaux, David James Poissant

Ed. Albin Michel, Collection Terres d'Amérique, traduit de l'anglais (US) par Michel Lederer, mai 2015, 330 pages, 25 euros.

Fragments de vies
Le paradis des animaux est un recueil de douze nouvelles formant un cycle. La première, L'homme-lézard, et la dernière Le paradis des animaux, mettent en scène le même personnage, une décennie après.
Dans l'univers de David James Poissant, les codes sont inversés, et les priorités décalées. Ainsi, ne faut-il pas s'étonner de voir un père laisser son gamin de cinq ans seul dans la maison pendant quelques heures en pleine tempête tropicale, trop occupé à vouloir sauver de son sort un alligator blessé et mis en cage. Ou bien, il  faut considérer comme normale la confrontation entre un jeune homme et le loup qu'il a invité à boire un café.
Chaque nouvelle est une énigme. Chaque nouvelle est une immense métaphore que le lecteur est libre d'interpréter à sa façon. Comme le suggère La géométrie du désespoir, la vie ressembl…

Brainless, Jérôme Noirez

Ed. Gulf Stream, collection Electrogène, mai 2015,  256 pages, 16 euros.

Au pays de la "zombitude"
Jason Beermann est un adolescent américain qui a eu la fameuse idée de vouloir battre le concours local de rongeur d'épis de maïs. Il était bien parti pour entrer dans les annales, sauf qu'il est mort étouffé avant.
Lorsqu'il a repris conscience à la morgue, on lui a seulement expliqué qu'il était atteint de de coma homéostatique de type alpha, le SCHJ. En fait, Jason est bel et bien mort, mais c'est un zombie:
"On ne doit pas dire mort-vivant, zombie, revenant, mais parler de "revivant" ou "survivant". Je trouve ça ridicule. Je suis un mort-vivant. Je suis un zombie. Et fier de l'être."

Son cas n'est pas unique, et comme il n'atteint que les jeunes, il a été décidé que ces derniers devaient continuer (tant bien que mal) à vivre normalement. Ainsi, Jason, surnommé Brainless par ses copains, retourne au lycée, suit le…

Au temps pour nous, Caroline Lunoir

Ed. Actes Sud, mai 2015, 280 pages, 21 euros.

Les héros de l'ombre
Après avoir raconté les silences et les hypocrisies familiales dans La faute de goût (Actes Sud, 2011), Caroline Lunoir propose, avec ce texte, "la chronique d'une exécution, de celles que le combat impose et que la victoire fait" comme le souligne la présentation du roman.

L'action se situe aux alentours du village de Charmeuil, durant le dernier hiver de la seconde guerre mondiale, au sein d'un groupe de résistants. Ces hommes, qui n'ont rien en commun que celui de la terreur et de l'amour de la patrie, décident d'entreprendre une action hautement symbolique le jour de l'armistice de la Grande Guerre: déposer une gerbe sur le monument aux morts du village occupé par l'ennemi.
Persuader qu'"il faut penser en héros pour pouvoir se comporter en humain", leur chef, le capitaine Sonnal, impose rigueur et discipline au sein de "ces hommes si jeunes, en unifo…

Madeleine Férat, Emile Zola

Ed. Le Livre de Poche, 1976, 349 pages, 5 euros.

Trio amoureux
Ecrit en 1882 en réaction à une pièce de théâtre refusée, Madeleine Férat reste un roman méconnu d'Emile Zola, englouti par les tomes puissants des Rougon-Maquart, édités par la suite.
Déjà, on y retrouve les obsessions qui feront le succès du romancier: l'imprégnation, la fatalité et le déterminisme.

Fille unique d'un veuf, Madeleine a été choyée durant toute son enfance, et bien après le décès de son père, une rente annuelle lui permet de pouvoir vivre correctement sans dépendre d'un homme. Toutefois, après avoir fui les avances de son vieux tuteur, elle s'entiche de Jacques, médecin militaire en attente de son départ pour la Cochinchine. Pendants un an, à Paris, ces deux-là vont vivre un amour au jour le jour, avec la certitude qu'il sera sans lendemain, tout au moins pour le jeune homme. Car, au fil du temps, en même temps que la certitude qu'elle se "vend" pour Jacques, Madelein…

L'été des pas perdus, Rachel Hausfater

Ed. Flammarion jeunesse, collection Tribal,  mai 2015, 114 pages, 12 euros.

La mémoire qui flanche.
Grand-père Grégoire,  surnommé Gramps, est un îlot d'affection dans le tourbillon de l'indifférence vécue par sa petite-fille Madeleine. Fille unique d'un couple divorcé, Madeleine se réfugie dès qu'elle le peut chez Gramps, histoire d'oublier son père qui fait le joli-coeur , et sa mère, froide et égoïste. Lui, il est toujours aimant, consolant, prêt à tout pour l'aider. Or, depuis quelques temps, il perd le fil de ses idées, se rappelle d'événements très anciens, mais est incapable de se souvenir de son repas de midi. En plus, d'habitude si affable, son humeur change:
"Depuis des mois il est ... irrégulier. En fait, on dirait qu'il est dédoublé."

Alors que Gramps refuse la vérité, Madeleine a compris: son grand-père est atteint d'Alzheimer. C'est à son tour de l'épauler afin qu'il ne se perde pas complètement:
"Tout un …

REGARDS CROISES (16) La nouvelle vie d'Arsène Lupin, Adrien Goetz

Ed. Grasset, avril 2015, 234 pages, 18.5 euros.


Regards croisésUn livre, deux lectures. En collaboration avec Christine Bini 
Comment faire du neuf avec du vieux? C'est toute la problématique de ce roman qui, fort de la mythologie du personnage inventé par Maurice Leblanc en 1905, reprend l'esprit, la verve, et l'essence des premières aventures d'Arsène Lupin.
Car Arsène Lupin a survécu.Le lecteur ne sait pas comment exactement, mais en littérature, tout est possible. Non seulement, Lupin est fringuant, mais il est resté le même, sauf peut être la cape, le haut de forme, et le monocle (qui est caché dans sa veste). Le gentleman cambrioleur sévit toujours avec style, tout en s'étant adapté à l'époque. Ainsi, Facebook disparaît quelques heures aussi facilement que la Joconde, et les planches originales de Tadamishi (en fait Tanigushi) s'envolent...

Tous les larcins se font à vive allure, de quoi donner le tournis au lecteur. C'est pourquoi le ton du livre …

Prête à tout, Joyce Maynard

Ed. Philippe Rey, mai 2015, traduit de l'anglais (USA) par Jean Esch, 332 pages, 20 euros.

A star is born...
"Voilà pourquoi j'ai toujours rêvé de faire de la télé. Cela fait ressortir ce qu'il y a de meilleur en vous. Tant que vous êtes à la télé, il y a toujours quelqu'un qui vous regarde. Si les gens pouvaient passer à la télé tout le temps, nul doute que la race humaine dans son ensemble s'en porterait beaucoup mieux. Cela pose un problème: si tout le monde passait à la télé, il n'y aurait plus personne pour la regarder. Je deviens folle à force de réfléchir à tout ça."

Pour Suzanne Stone, la vie ne se conçoit pas sans la célébrité, et la seule façon de l'obtenir c'est en étant derrière le petit écran. Peu importe la reconnaissance, il faut avant tout être connu. Toute petite déjà, elle se prenait pour la présentatrice météo et faisait de sa grande sœur sa coiffeuse personnelle. Couvée par des parents qui croient en sa future gloire, sûre …

Temps glaciaires, Fred Vargas

Ed. Flammarion, mars 2015, 497 pages, 19.9 euros.

Le retour de Danglard et d'Adamsberg
"Le pelleteur de nuages", le commissaire Adamsberg, se retrouve à devoir résoudre une enquête sur une série de suicides dont les victimes, les indices, les témoignages et les lieux géographiques, constituent une pelote de fils à première vue inextricable:
"Et cette pelote, Adamsberg la sentit fondre sur lui, l'accrocher de tous ses piquants secs, repue de ses multiples pièges, de tunnels en impasses, telle qu'il n'en avait jamais connu d'autres."

Premier point: toutes les victimes font partie d'un même groupe qui se rassemble plusieurs fois par an, pour mettre en scène les séances de l'Assemblée présidée par Robespierre, sous la Terreur de la Révolution Française.
Second point: quelques indices et le témoignage du fils d'une des victimes porte à croire que les meurtres ont un lien avec un fait divers survenu une décennie plus tôt, sur une une île dé…

Un hippocampe dans mon coeur, Ryeo-Ryeong Kim

Ed. Flammarion jeunesse, mai 20111, traduit du coréen par Yeong-Lee Him et Françoise Nagel, 134 pages, 11 euros.

Qui suis-je?
Haneul a été adoptée tout bébé par un couple de médecins. Depuis, sa maman est devenue une célébrité dans les médias, modèle télévisuel de la mère accomplie et de la doctoresse gérant une association autour de l'adoption.
En apparence donc, ce trio semble incarner la famille idéale. En plus, depuis quelques temps, la grand-mère paternelle est venue les rejoindre suite à quelques problèmes de santé. La venue de la vieille dame est une bouffée d'oxygène pour Haneul, car même si grand-mère ne mâche pas ses mots, et montre maladroitement ses sentiments pour la gamine, au moins elle la considère comme une personne à part entière et lui fait naturellement confiance. Et puis, avec l'aïeule, Haneul peut parler librement:
"Quand je suis seule avec elle, j'arrive à exprimer ce que j'ai sur le cœur. Si quelque chose ne me plaît pas, je lui dis fra…

Check-point, Jean-Christophe Rufin

Ed. Gallimard, avril 2015, 400 pages, 21 euros.

L'expression du chaos.
Maud, jeune idéaliste, issue d'une famille bourgeoise moyenne, a décidé de rompre les amarres avec sa petite vie bien tranquille pour se lancer dans l'humanitaire en rejoignant l'association de la Goutte d'Or à Lyon.
"L'humanitaire, pour elle, c'était le docteur Schweitzer, Saint Vincent de Paul, Raoul Follereau, des victimes implorantes et des gens courageux et désintéressés qui venaient les secourir. Au fond, elle n'en savait rien."
Nous sommes en 1995, et lorsqu'il est décidé d'envoyer deux convois en ex-Yougoslavie où la guerre civile fait rage, c'est tout naturellement que Maud se porte volontaire. Ce voyage, c'est son défi personnel, aux côtés de personnes, croit-elle, qui lui ressemblent:
"Ils avaient des désirs d'être conscients, des projets pour leur avenir, la volonté de résister. En somme ils étaient humains."

Cependant, très vite, o…

Toute la lumière que nous ne pouvons voir, Anthony Doerr

Ed. Albin Michel, collection Les grandes traductions, traduit de l'anglais (USA) par Valérie Malfoy, avril 2015, 610 pages, 23.5 euros

PRIX PULITZER 2015
"En réalité, mathématiquement, la lumière est en grande partie invisible."
Werner, jeune prodige des transmissions, se souvient de l'émission de vulgarisation scientifique française qu'il réussissait à capter et à écouter en compagnie de sa petite sœur Jutta, sur son petit poste de radio bricolé, depuis sa chambre de l'orphelinat, situé près d'une mine de charbon en Allemagne.
Cette voix venue de nulle part était la promesse qu'il y avait toujours une lumière pour briser l'obscurité  en marche, ainsi que l'assurance de la pérennité des couleurs et de l'énergie sur l'obscurantisme.
Car Jutta et Werner sont nés à la mauvaise époque. Gamins de la fin des années trente, Werner comprend vite que le seul avenir qu'il lui est possible est d'être enrôlé dans les jeunesses hitlériennes…

FRAGMENTS DE BD (12) ZOMBILLENIUM, Arthur de Pins

Ed. Dupuis, 2010-2013, trilogie, BD genre fantastique tome 1: Gretchentome 2: Ressources humainestome 3: Control Freak  "L'Enfer n'a jamais été aussi fun!"Dans le Nord de la France, près de Valenciennes, se dresse, au milieu de terrains vagues, un immense parc d'attractions, au nom étrange Zombillenium. A l'intérieur, la thématique est simple: faire peur. Pour cela, les employés sont déguisés, les attractions exploitent vos cauchemars les plus profonds, et les snacks proposent des menus horrifiants.En y regardant de plus près, on s'aperçoit vite que les salariés n'utilisent pas de déguisements. Leur particularité est d'être tous morts à un moment ou à un autre de l'Histoire de l'Humanité, et d'avoir signé un contrat avec l'entreprise. A la signature, ils deviennent corvéables à merci, et si une rupture se fait, ils repartent au niveau -9, aux Enfers tout simplement.
Cette charmante masse salariale de plus de 70 000 personnes est di…

La fin du vandalisme, Tom Drury

Ed. Points Seuil, septembre 2014, traduit de l'anglais (USA) par Nicolas Richard, 437 pages, 8.1 euros.

Surréaliste

Il s'en passe des choses étranges dans le comté de Grouse: le vétérinaire doit soigner des chevaux qui marchent à l'envers, le shérif est sommé d'enquêter sur des disparitions inquiétantes de tracteurs et autres engins agricoles, l'échographe du coin s'avère être un ancien garagiste et réparateur d'ambulances, et les infirmières racontent tranquillement une histoire de bébé qui se cache...

Pour Dan, le shérif qui vit dans un mobil home violet qui fuit à chaque pluie, le principal est de ne pas perdre son flegme légendaire. Il ne s'énerve jamais (à quoi bon), prend son temps, mais n'oublie pas pour autant qu'il doit rendre compte de son activité à la population s'il veut être réélu une troisième fois. Lui qui n'attend plus rien de la nature humaine depuis bien longtemps est pourtant choqué lorsqu'il retrouve un bébé aba…

La nuit des temps, René Barjavel

Ed. Pocket, réédition mai 2012, 409 pages, 7.3 euros.

Les amants éternels
Dans un futur proche, parce qu'il est un des rares scientifiques à ne pas être atteint par l'épidémie de rougeole, maladie pourtant éradiquée depuis des années, le docteur Simon se retrouve en Antarctique, au sein d'une équipe internationale, occupé à diriger le forage du point 612.

Sur ce vaste continent qui n'appartient à personne, le froid, le silence, la répétition des gestes, font que le temps ne semble plus s'écouler. Creuser sous la glace, c'est aussi remonter le temps, car l'Antarctique est la mémoire de notre planète.
Justement, il suffit qu'un appareil sondeur détecte quelque chose pour que tout s'emballe. Cet écho lancinant, régulier, à plus de 900 mètres de profondeur n'est-il pas la promesse d'une rupture de la routine?
"C'était ça, selon toute logique, depuis plus de 900 000 ans... C'était trop énorme à avaler, ça dépassait l'histoire et …

Fairyland, Alysia Abbott

Ed. Globe, mars 2015, traduit de l'anglais (USA) par Nicolas Richard, 380 pages, 21.5 euros.

Nous sommes faits de notre passé.


"Quand mes parents se sont rencontrés pour la première fois, à une fête du SDS, et que mon père a appris à ma mère qu'il était bisexuel, elle a répondu: "ça signifie que tu peux aimer l'humanité toute entière et pas seulement une moitié." On était en 1968, et tout le monde parlait de révolution."

De cette rencontre est née Alysia, très vite orpheline de mère, disparue dans un accident de voiture, et fille unique de Steve Abbott poète en devenir qui, après le décès de son épouse, décide de s'installer à San francisco, dans le quartier hippie de Haight-Ashbury.

Quels sont les critères pour décider, au nom de la morale bien pensante, si un  enfant a eu une enfance normale ou non? Alysia Abbott, en compilant la correspondance de son père et ses propres souvenirs, raconte son enfance bohème et quelque peu décalée au sein d'un…