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Affichage des articles du juin, 2015

Thérèse Desqueyroux, François Mauriac

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Ed. Le livre de poche, 190 pages, 5.1 euros.

NON-LIEU. Ce mot résonne encore dans la tête de Thérèse Desqueyroux alors que la calèche l'emmène à Argelouse auprès de son enfant, Marie, et de son époux, Bernard Desqueyroux, qu'elle a tenté d'empoisonner à l'arsenic. Pourtant, c'est le faux témoignage de ce dernier qui lui a évité la condamnation pour meurtre.

Le père de la jeune femme a été clair: "tu feras tout ce que ton mari te diras de faire. Je ne peux pas mieux dire." Sa liberté a un prix, et non des moindres. Se plier aux règles de la belle-famille, accepter l'effacement et l'anéantissement au profit "du don total à l'espèce" et à "la perte de toute existence individuelle." En l'innocentant, Bernard a gagné. Cet homme qui n'a jamais compris son épouse, va pouvoir en faire ce qu'il veut, prétextant l'honneur familial.
Thérèse sait qu'elle va devoir payer pour son geste.

Sur la route du retour, elle te…

Un soir, j'ai rencontré Christophe Claro...

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Cette rencontre, je l'avais planifiée depuis des mois. A défaut d'avoir pu me déplacer comme je voulais à d'autres rencontres littéraires ou dans divers salons de France et de Navarre (j'aurais tant voulu écouter Kenzaburô Ôé à Lyon), cette fois-ci je m'étais scrupuleusement organisée!

Claro est un drôle de type, au sens propre et au sens figuré. Pour ceux qui connaissent son blog Le Clavier Cannibale, on lit un écrivain à la langue bien pendue, virtuose des jeux de mots et d'articles bien sentis que ce soit sur la littérature ou d'autres sujets qui ont attirés son attention.
Internet est un miroir déformant. A force de lire ses billets, je m'étais imaginée rencontrer un ours des Carpathes, à la voix grave et caverneuse, peut-être cynique aussi.
De fait, je m'étais aussi jusque là interdit de lire ses romans, par peur d'être déçue, par peur aussi de ne pas adhérer à  son style d'écriture.
Bref...

Mercredi soir, 18h45, j'entre et je l…

RUE DES ALBUMS (100) La petite boîte, Eric Battut

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Ed. Didier Jeunesse, juin 2015, 32 pages, 12.9 euros.

C'est avec une joie immense que je vous présente le 100ème album de RUE DES ALBUMS, rendez-vous hebdomadaire de Fragments de lecture depuis sa création.
Un petit roi tout de bleu vêtu rentre de voyage sur son énorme cheval. Avec lui, une boîte bleue, elle aussi toute petite, bien fermée.

"Mais qu'y a-t-il donc dans cette petite boîte?"

Telle est la question que se pose le lecteur à chaque page.Au château, au jardin, au donjon, à la sieste, à table,  ou dans sa baignoire, le souverain ne se sépare jamais de son trésor, un sourire inextinguible aux lèvres.

"Mais qu'y a-t-il donc dans cette petite boîte?"

La mise en attente fait son effet, on ne tient plus, surtout que le roi n'oublie jamais la boîte dans une pièce du château. Pourtant, tout ce qui l'entoure est énorme: la table, la salle d'eau, le cheval, le donjon, mais le maître des lieux ne semble pas déboussolé. Arrivé devant son énorme l…

REGARDS CROISES (17) L'incroyable histoire de Wheeler Burden, Selden Edwards

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Ed. 10/18, mai 2015, traduit de l'anglais (USA) par Hubert Tézenas, 600 pages, 9.6 euros.

Regards croisésUn livre, deux lectures. En collaboration avec Christine Bini Boucle temporelle. Vienne, 1897. Un homme marche sur le Ring. Il pourrait être un passant comme les autres, admiratif de l'incroyable architecture de la ville, sauf que son accoutrement et sa coupe de cheveux détonne. Franck Standish Burden III, c'est son nom, est pour le moins dérouté. Alors qu'il rentrait chez lui, à San Francisco, en 1988, il s'est retrouvé sans savoir comment, à déambuler dans la capitale autrichienne à la fin du 19ème siècle.
Celui que tout le monde surnomme Wheeler Burden, connu pour être une gloire du rock, a pourtant eu un passé culturel richissime. Des études dans les meilleurs établissements de l'Est des Etats-Unis en général, et l'enseignement de Arnauld Esterhazy dit Haze en particulier, lui ont valu une solide base culturelle, notamment concernant Vienne. Alors se …

RUE DES ALBUMS (99) Devine qui vient dîner? Annick Masson et Pascal Brissy

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Ed. Mijade, juin 2015, 20 pages, 11 euros.

Miam miam?
 Raymond et Marcel sont deux loups civilisés qui vivent en colocation dans une petite maison bien proprette. A l'heure du dîner, ils constatent que le frigo est vide. Seul leur reste un épi de maïs pour deux!
Que faire? Chasser? Faire les courses? Ils n'ont même pas le temps de prendre une décision qu'on sonne à la porte. C'est un petit mouton bien gentil qui s'est perdu et demande l'hospitalité.

Un mouton! Quel aubaine! Voilà de quoi remplir le ventre de nos deux protagonistes pour quelques jours! Sauf que l'invitée ne voit pas le danger et s'approprie peu à peu les lieux, faisant des deux compères des complices de vie.
Touchés par tant de gentillesse, ils reportent à chaque fois leur funeste projet. Et puis, depuis qu'elle leur a dit s’appeler LOU ils se demandent bêtement s'ils ne sont pas cousins finalement. Combien de temps la cohabitation va-t-elle durer?

Les auteurs se servent des cli…

Fragments d'écriture....

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... Fragments de vies, une fois la porte fermée de l'intimité.




Les remèdes du docteur Irabu, Hideo Okuda

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Ed. Points Seuil, septembre 2014, traduit du japonais par François Chupin, 272 pages, 7.2 euros.

A maux étranges, remèdes étranges.
La clinique générale Irabu est une clinique comme toutes les autres, sauf que le département psychiatrie se situe au sous-sol et qu'il n'y a aucune fenêtre!
A cet endroit officie le Docteur Irabu (le fils du propriétaire de la clinique), un bien étrange personnage d'âge mûr, obèse, au teint pâle, obsédé par la piqûre!
Avec un incroyable détachement, un sourire dont on ne voit que les gencives et une apparente désinvolture, il soigne les cas les plus tordus tout en se soignant soi-même.

Dans ce livre aux cinq histoires, le lecteur croise un fou de natation, un homme atteint de priapisme, une narcissique, un accroc au portable et une personne atteinte de troubles obsessionnels compulsifs. Lorsque ces personnages arrivent dans le service, ils pensent que leur calvaire personnel va prendre fin grâce à une solution médicale. Or, ils ne trouvent qu…

Ce genre de choses n'arrive jamais, Mika Waltari

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Ed. Actes Sud, juin 2015, traduit du finnois par Anne Colin du Terrail, 112 pages 14.5 euros.

Crash.
"Il était prêt à partir. Las de tout ce qu'il avait considéré comme sien au fil des années, si las que n'importe quel voyage était pour lui comme une libération pour un prisonnier."
Cet obscur projet de voyage professionnel est une aubaine pour l'homme. Ainsi, il peut fuir non seulement son épouse devenue une inconnue qui lui demande ce qu'il regarde lorsqu'il ose poser les yeux sur elle, mais aussi quitter un pays qui se prépare à un futur conflit. La guerre na pas encore été déclarée mais la tension est palpable, notamment à l'aéroport où les vols sont suspendus les uns après les autres pour laisser la place aux convois militaires.
Dans cet attente interminable, l'homme n'est pas seul. Une femme attend elle aussi, lovée dans un plaid, malade en apparence. Mais quand un pilote surgit et annonce à ces deux passagers qu'il les prendra en cha…

Ruby, Cynthia Bond

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Ed. Christian Bourgois, mai 2015, traduit de l'anglais (USA) par Laurence Kiéfé, 414 pages, 22 euros.

Toute la noirceur du monde

Le titre inspire la douceur, la lumière et tout ce que cela implique. Ruby, héroïne malgré elle de ce roman, est une victime sacrificielle qui, tout au long de sa triste vie, va essayer de trainer sa pauvre carcasse et récupérer sa lucidité perdue.

Ruby est une lecture âpre, éprouvante, dont on ne ressort pas indemne. Cynthia Bond plonge le lecteur dans les noirceurs de l'âme humaine, n'hésitant pas à faire du gentil voisin le salaud sans gloire violeur de gamine. Car Ruby n'a pas eu d'enfance. Livrée à six ans à une tenancière de bordel par le révérend de son village (sic!), elle va mettre de côté pièce par pièce les oboles versées par ses violeurs pour pouvoir se sauver... à dix-huit ans!
Son calvaire, raconté avec une minutie parfois malsaine, soulève le cœur.

Et pourtant, Ruby tente de faire sa vie à New-York, lieu où sa mère a fui qu…

Hollywood Monsters, Fabrice Bourland

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Ed. 10/18 (inédit), collection Grands Détectives,  janvier 2015, 336 pages, 7.5 euros.

"La fabrique des monstres"

1938. Alors qu'en Europe, on sent la guerre approcher à grands pas, notre duo Singleton et Trelawney, détectives privés, décident de partir en villégiature aux Etats-Unis, plus précisément à Hollywood où y sont tournés les succès du moment.
Dans le cinéma américain d'avant guerre, on aime beaucoup l'étrange, le fantastique. Ainsi, sont mis à l'honneur, les freaks, les monstres humains dont on parlait déjà dans l'antiquité dans les livres de tératologie de Pline l'Ancien. En plus de pouvoir les observer en chair et en os sous les chapiteaux de cirque, on les retrouve aussi sur la pellicule.

Justement, nos deux héros font une singulière rencontre un soir, en haut de la Mulholland Highway (future Mulholland Drive). Ils croisent à en jurer un loup-garou qui semble fuir un quelconque danger.
"L'espace de quelques instants, le visage de…

O my darling, Amity Gaige

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Ed. Belfond, mai 2015, traduit de l'anglais (USA) par Céline Leroy, 272 pages, 18.5 euros.

Faux semblants
Après des histoires d'amours malheureuses où tous les deux "fuyaient juste l'amour dans la même direction", Charlotte et Clarck se sont rencontrés, aimés et vite mariés. Pour lui, ce mariage était avant tout un désir puissant, et tant pis si elle lui répétait qu'ils n'auraient pas d'enfants.

Charlotte est une gamine adoptée qui ne garde de sa jeunesse que des souvenirs ternes et sans joie véritable. Clarck est le fils chéri de Véra, qui vient de se suicider, emportée par sa folie qu'elle traînait depuis des années. Sa maladie et son excentricité ont donné sans le vouloir des couleurs à la jeunesse de son garçon, mais les derniers temps, la présence de la petite amie avait assombri la mère. A l'annonce de son décès, alors qu'elle sent très bien que son époux aura du mal à surmonter le deuil, c'est une délivrance pour Charlotte:
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RUE DES ALBUMS (98) Mes petites peurs, Joe Witek et Christine Roussey

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Ed. De La Martinière Jeunesse, mai 2015, 30 pages, 14.95 euros.

Cet album en trope l'oeil est un bijou d'inventivité et de bonne humeur, car chaque page est une nouvelle surprise!

"Moi des peurs, j'en ai un tas ça fait comme une montagne tellement il y en a."
La petite narratrice aux joues toutes rouges vit au quotidien avec ses peurs. Pas facile à son âge de les gérer et les dompter pour ne pas se laisser envahir et dominer!
Du coup, elle vérouille tout:
"Je ferme tout à clé. Mes poings, mes yeux, mes oreilles, mes pensées."

Ses peurs sont diverses et variées; elles prennent des allures différentes. Montagnes, monstre des neiges, "méchants du bout du couloir", "crapauds sous le placard", en tout cas ils sont véritablement plus gros et plus féroce qu'en réalité...

Mais la peur ultime, ce n'est pas finalement celle de se retrouver face à face avec un monstre poilu et repoussant. C'est plutôt celle de se sentir abandonnée, pe…

Ses griffes et ses crocs, Mathieu Robin

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Ed. Actes Sud Junior, mai 2015, 168 pages, 13 euros.

Au fin fond de la Montagne Noire...
Sur fond de paysage montagneux, on aperçoit la silhouette d'un jeune homme en train de lire, protégé par un attrape-rêves...

Ce personnage, c'est Marcus, qui avec sa famille composée de ses parents et de sa sœur Lia, ado en pleine rébellion, ont décidé de partir en vacances avec un couple d'amis et leurs enfants, les jumeaux Paul et Mary, et Sam, dans un chalet isolé en pleine montagne.

Ce périple est une source d'angoisse pour Marcus. Le quotidien est pour lui une source infinie de stress, au point qu'il est envahi de tocs pour palier ces bouffées anxiogènes qu'il ne maîtrise pas. A toujours envisager le pire, le gamin est incapable de profiter de quoi que ce soit, surtout qu'il est persuadé qu'une simple transgression de ses obsessions provoquera un drame. Alors, l'isolement, la montagne, et les copains qu'il connaît à peine, c'est un peu trop d'u…

L'affaire des coupeurs de têtes, Moussa Konaté

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Ed. Métailié, mai 2015, collection Autres horizons, Noir, 150 pages, 16 euros.

Drôle d'affaire au Mali
On retrouve les policiers Habib et son adjoint Sosso déjà rencontrés dans Meurtre à Tombouctou. Cette fois-ci, ils sont appelés à Kita, la ville natale de Habib, pour prêter main forte au commissaire local Dembélé et son adjoint un peu trop sûr de lui, Sil.
L'enquête s'avère extrêmement compliquée. Depuis quelques temps, des cadavres de sans domicile fixe sont retrouvés décapités, et leurs têtes restent introuvables.
Au Mali, on a vite fait d'accuser les esprits, et même si nos policiers veulent rester cartésiens, ils vont devoir affronter les croyances locales et animistes véhiculées par les habitants.

"Regardez la dérive de notre cité. Tout le monde ne parle que d'argent, tout le monde ne pense qu'à l'argent. L'argent achète tout désormais et nos filles vendent leur corps. Nos ancêtres n'ont-ils pas raison? Ne sommes-nous pas devenus indigne…

Le diable chuchotait, Miyabe Miyuki

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Ed. Philippe Picquier poche, collection l'Asie en noir, mai 2015, traduit du japonais par Myriam Dartois-Ako, 372 pages, 10 euros.

"Tokyo est sous le brouillard ce soir encore."
Que se passe-t-il donc dans la tête de ces passantes qui, d'un seul coup, se mettent à courir comme si elles étaient poursuivies par le diable?
L'oncle de Mamoru, Taizo, a renversé une jeune femme avec son taxi, alors qu'il traversait un quartier désert. Cette dernière, avant de surgir devant le capot de son véhicule, semblait fuir un danger, et ne portait pas attention à ce qui se passait autour d'elle.

Pendant que son oncle est en prison pendant la durée de l'enquête, Mamoru, aidé de sa cousine Maki, décide de comprendre les faits. Depuis quelques temps, dans les entrefilets de journaux, des faits divers étranges sont relatés, dont le point commun est le décès de femmes apparemment sans soucis particuliers.
 "A partir d'articles de journaux concis et objectifs, il e…