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Affichage des articles du août, 2015

L'autre Simenon, Patrick Roegiers

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Ed. Grasset, août 2015, 304 pages, 19 euros.

Christian S.
Simenon, c'est Georges, le père de Maigret, l'écrivain belge d'écriture française, auteur prolifique et amateur de femmes.
L'autre Simenon est forcément moins connu, et pour l'Histoire, il vaudrait mieux qu'il n'ait pas existé. Cet autre qu'on ne nomme pas mais que la mère de Georges préférait, c'est Christian, le cadet. Lui, l'enfant "respectueux et obéissant" alors que Georges avait un caractère "impétueux et indocile". Henriette, la mère, "était froide comme la pierre. Pas de tendresse. Pas d'affinité. Pas un baiser". Tout juste supportait-elle son aîné qui l'aimera toute sa vie en la haïssant aussi. A force de couver Christian, ce dernier est entré dans la vie adulte, sans arme, sans conviction, sans projet bien défini.
"Christian avait le sentiment de grandir à côté de lui-même. Il traversait la vie comme la ville, sans la regarder. La vie n…

RUE DES ALBUMS (102) Un ours à l'école, Jean-Luc Englebert

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Ed. L'Ecole des Loisirs, collection Pastel, août 2015, 40 pages, 11.5 euros.

On est tous égaux, même si on est différents!
Sous couvert d'une histoire toute simple, Un ours à l'école traite de sujets très actuels qui ont douloureusement fait écho après les attentats de janvier dernier. Comment parler à l'école de l'égalité, de la tolérance et de la fraternité, et ce dès le plus jeune âge, sans utiliser un discours dogmatique ou difficile.

En attendant que maman ours prépare la tanière pour la prochaine hibernation, petit ours se promène seul dans la forêt, et trouve un bonnet. C'est rigolo cet objet abandonné qui n'a pas sa place dans la nature! C'est en s'approchant de l'école située en bordure du bois, qu'il s'aperçoit que les enfants portent tous le même bonnet:
"Tiens! se dit le petit ours en voyant des enfants jouer... Des copains!"

Très vite, les gamins de l'école l'accueillent comme un nouvel élève, un peu bizarr…

Figurante, Dominique Pascaud

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Ed. De La Martinière, août 2015, 144 pages, 14.9 euros.

Bouleversement.
Louise y a cru lorsque, le réalisateur en repérages, lui a proposé le premier rôle de son film. Il a suffi d'un échange de regards au petit déjeuner du modeste hôtel de Province où elle travaille en tant que serveuse, pour que ses perspectives d'avenir se trouvent chamboulées. Lui, vieux baroudeur du septième art voit en elle "une lumière vive et brillante, une braise sur laquelle il suffit de souffler un peu." Elle, devenir actrice, c'est pouvoir enfin sortir de sa routine, gagner de l'argent et enfin racheter le manoir des Mimosas pour en faire une table d'hôtes.

Sauf que le conte de fées est de courte durée. Il a beau être le réalisateur, ce n'est pas lui qui décide à partir du moment où ce n'est pas lui qui finance. La mort dans l'âme, il se voit contraint de renoncer à faire de Louise sa prochaine égérie. La jeune fille n'avait rien demandé, mais à cause de lui, …

Les disparus de Mapleton, Tom Perrotta

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Ed. 10/18, janvier 2015, traduit de l'anglais (USA) par Emmanuelle Ertel, 470 pages, 8.80 euros.

Le Ravissement
Comment gérer l'absence d'êtres aimés surtout lorsqu'elle est inexplicable?
C'est la question de départ posée par ce roman à la fois fantastique par l'événement relaté, mais aussi sociétal par la trame choisie.
Car l'action se situe après ce fameux 14 octobre, jour que la planète appelle désormais le Ravissement. Au même moment, sans explication aucune, des millions de personnes disparaissent. Ce sont des enfants, des adultes, des célébrités, même des chefs d'Etat (Poutine en fait partie). Depuis, à défaut de trouver une cause rationnelle, ceux qui restent gèrent comme ils peuvent l'absence de leurs proches.

De fait, Tom Perrotta décide de braquer sa loupe d'entomologiste sur une petite ville du Midwest, et plus précisément sur la famille  Garvey. Par bonheur, le couple et les deux enfants n'ont pas disparu, mais le Ravissement a …

Les loups à leur porte, Jérémy Fel

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Ed. Rivages, août 2015, 448 pages, 20 euros.

Les multiples rivages du Mal.
Cette maison qui brûle, au loin, n'est que le point de départ du parcours extrêmement violent et glaçant de Daryl Greer, qui, par la suite, changera d'identité pour devenir le redoutable Walter Kendrick.
Or, la soif de sang et de pouvoir chez un homme n'est pas un cas isolé. En multipliant les personnages et les histoires, le tout sur deux continents, Jérémy Fel montre à quel point elle peut toucher de nombreuses personnes et avoir des conséquences aussi multiples qu’inattendues.

"Il suffirait de rien pour qu'un monde s'effondre". Certitudes, peurs enfantines, chocs psychologiques, sont des portes ouvertes  pour s'effondrer du côté obscur et laisser libre cours à son penchant mauvais. Pour certains, il est d'abord un mécanisme de défense qui prend le dessus, comme Damien qui veut se protéger des actes de Steeve. Pour d'autres, il n'est que l’assouvissement d'un …

Pensée assise, Mathieu Robin

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Ed. Actes sud junior, août 2015, 96 pages,11 euros.

Idée fixe.
"Le fauteuil roulant a deux avantages: le premier, c'est qu'on est assuré d'avoir une place assise dans les salles pleines de ciné; le second, c'est qu'on ne se fatigue pas trop dans les descentes."

Depuis son accident de voiture qui lui a coûté ses jambes, Théo est très cynique, et supporte mal l'image qu'il croit renvoyer, une moitié d'homme coincée dans un fauteuil. De fait, il a décidé de ne pas aimer, puisque de toute façon, les filles auront davantage pitié de lui...
"En amour, il ne vaut mieux pas être gentil. La gentillesse n'est pas sexy. Les filles adorent les écorchés, les durs qui se révèlent tendres dans l'intimité."

Pétri de fausses idées et de préjugés sur la question, Théo est devenu limite acariâtre malgré son jeune âge, et se réfugie dans le travail pour oublier qu'il ne peut marcher. C'est donc sans arrière pensée qu'il accepte d'…

Soundtrack, Furukawa Hideo

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Ed. Philippe Picquier, août 2015, traduit du japonais par Patrick Honnoré, 624 pages, 23.5 euros.

Manuel de survie
Dans un Japon uchronique, si le pays n'avait pas décidé de lutter contre la prolifération des chèvres sur leurs îles, Touta et Hitsujiko auraient vécu toute leur vie sur la petite terre qui les avait accueillis après leur naufrage.
Pendant presque trois ans, alors que Touta, l'aîné, n'avait pas encore sept ans, les deux enfants ont vécu en autarcie et en complète harmonie avec la nature et les éléments, au point d'en oublier leurs souvenirs enfantins de vie civilisée. Dès lors, le début du roman peut se comparer à une version moderne du mythe du Paradis Terrestre qui va se briser avec l'arrivée (forcément) de la civilisation.
"Il n'y avait personne. Seulement eux deux. Exactement comme dans le monde fini du village abandonné."
Placés en foyer puis en familles d'accueil, les deux enfants vont développer un système de défense bien part…

La terre qui penche, Carole Martinez

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Ed. Gallimard, collection La Blanche, août 2015, 368 pages, 20 euros.

La Dame Verte.

Cette terre qui penche sur laquelle il est impossible de cultiver autre chose que du raisin pour y fabriquer le vin, abrite en son sein une rivière sacrée, la Loue, dont les colères aussi dangereuses qu'imprévisibles ont forcées le respect des riverains. C'est en ce lieu aussi qu'on retrouve le domaine des Murmures, qui en 1361, est dirigé par Haute-Pierre.

Blanche a grandi sans mère, emportée par la peste noire. Depuis, son père noie son chagrin en multipliant les conquêtes, les bâtards, et en se défoulant sur la gamine à coups de badine. Car Blanche parle trop, même pendant son sommeil, et il pense que la violence lui apprendra le silence:
" Ma tête se vide par ma bouche, tout s'échappe, par flots, je revis chaque journée, bonheurs et peines, je régurgite tout ça sans en avoir conscience.(...) Durant mon sommeil, je torture sans retenue qui m'a contrainte, et nombreux sont c…

Billet d'humeur (11) Naufragée

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Curieuse de nature, toujours à l'affût, je suis tombée par hasard sur une quatrième de couverture plutôt alléchante. L'éditeur a si bien fait son travail qu'après l'avoir lue, il fallait absolument que je me procure le roman, bizarrement hypnotisée par la promesse tout à fait saugrenue que j'allais passer à coup sûr un superbe moment de lecture, tout en entrant dans le cercle restreint (ou non) de ceux qui seraient venus à bout de "la bête".

Je ne change pas pour autant mes habitudes et ne lis aucun article consacré au livre en question. Cet ouvrage a un nom, c'est L'infinie Comédie de David Foster Wallace, dont la très design couverture inonde les réseaux sociaux depuis quelques temps. Certes, je vois passer des liens, lis quelques mots clés, mais ne clique pas pour lire la chronique en entier afin de ne pas être influencée. Fin de l'acte I.

A la réception du pavé, je me rends compte que non seulement je vais lire presque 1500 pages en feuil…
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Les mauvaises langues diront que ça ne veut rien dire...
Les sceptiques penseront que c'est trafiqué...
Les jaloux se rassureront en disant que "au vu du nombre de chroniques c'est bien peu finalement"...

J'ai commencé ce blog le 5 octobre 2013. Depuis je l'alimente au fil de mes lectures, en toute indépendance, sans pression aucune des maisons d'édition.

Il m'a permis de nouer des amitiés, de découvrir des auteurs dont je ne soupçonnais même pas l'existence, mais surtout, de continuer à avoir envie de partager mes lectures.

Car Fragments de lecture n'est que cela: un lieu de partage; le point de vue d'une lectrice lambda sur tout ce qu'elle lit (ou presque). Il me permet simplement de mettre en mots mon passe temps favori.

100 000 c'est symbolique. Alors continuons cette belle aventure ensemble!

Virginie