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Affichage des articles du octobre, 2015

Fragments de vacances!

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Fragments de lecture part se ressourcer sur les remparts de Saint-Malo, pour revenir en pleine forme le lundi 02 novembre.A BIENTÔT !

RUE DES ALBUMS (109) Le ciel dégringole, Florence Desnouveaux et Anne-Lise Boutin

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Ed. Didier Jeunesse, collection "à petits petons" octobre 2015, 24 pages, 11.95 euros.

Il a fallu qu'une malheureuse feuille de chou tombe sur la queue de chatounette alors qu'elle épiait une souris, pour que la panique l'envahisse et entraîne sa fuite.
"Chatounette se fige:
- Ahhh! Ma parole, le ciel dégringole! Sauve qui peut!
Chatounette se carapate dans la nuit."

A partir de ce minuscule incident, la chatte va emmener avec elle, dans sa course folle, tous les animaux qu'elle va rencontrer , tous persuadés que l'animal annonce un malheur. Lapin, renard, louve, deviennent de véritables moutons de Panurge qui suivent Chatounette et ne cherchent même pas à remettre en cause sa peur panique. Et puis, le chat a l'air si paniqué qu'il serait étonnant qu'il se trompe!
Heureusement, lorsque le groupe rencontre l'ours, tout change. Le groupe lui explique qu'il faut fuir, mais contrairement aux autres, le gros animal veut comprendre ce…

Aussi loin que possible, Eric Pessan

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Ed. L'Ecole des Loisirs, collection Medium Grand Format, 140 pages, 13 euros.

Fuir.
Un matin, un regard entre eux a suffi. Antoine et Tony ont caché leurs sacs d'école dans le square attenant à leur cité, puis se sont mis à courir, ensemble, sans but.
Qu'est-ce qui a bien pu motiver cette course à pied improvisée? Aucun projet, aucune ruse, juste le fait d'être ensemble, de se comprendre sans se parler. Le corps qui prend son rythme, le cœur qui bat la chamade, le vent qui pique le visage, toutes ces sensations qui vous donnent l'impression d'exister, enfin!
"Je ne sais combien de temps encore on continuera. Sans doute aussi longtemps que les muscles de mes jambes seront plus forts que ma peur. Aussi longtemps que l'air parviendra à desserrer le nœud de mes angoisses, que des forces nouvelles viendront repousser la fatigue. On court, on voit des routes et des chemins et des sentiers et des traverses et des rues. On voit le monde si vaste se transformer…

J'entends ta voix, KIM Young-ha

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Ed. Philippe Picquier, octobre 2015, traduit du coréen par Young-Sook Kim et Arnaud Le Brusq, 316 pages, 19.50 euros.

J'écoute ta souffrance.
Dans Ma mémoire assassine, Kim Young-ha raconte l'histoire d'un tueur en série atteint de la maladie d'Alzheimer. Une fois de plus, l'auteur s'intéresse aux marginaux, se penchant cette fois-ci sur le destin du leader d'un gang de motards.
En guise d'épilogue au roman, il raconte l'origine de son sujet ainsi que sa démarche littéraire en voulant rencontrer les futurs protagonistes de sa fiction:
"La plupart des bonnes histoires viennent de traîtres ou de déserteurs. Je me sentis donc immédiatement curieux de le rencontrer et leur demandai de prendre un rendez-vous."
Par le biais de récits et de témoignages portant sur un motard charismatique, Kim Young-ha décide de creuser le sujet, d'en faire ensuite un roman, tout en se posant la question du pouvoir du romancier et sa capacité à transformer la …

REGARDS CROISES (19) La famille Middlestein, Jami Attenberg

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Ed. 10/18, avril 2015, traduit de l'anglais (USA) par Karine Reignier-Guerre, 280 pages, 7.5 euros.



Regards croisésUn livre, deux lectures. En collaboration avec Christine Bini  "Les aliments sont faits d'amour. Manger, c'est aimer. Aimer, c'est manger. Et si un gros morceau de pain peut apaiser les pleurs d'un enfant, en quoi est-ce un problème ?"

Tel était le rapport à la nourriture pour la maman d'Edie. Seulement voilà, éduquée de cette façon, Edie pèse désormais plus de 150 kilos. Son cœur s'affaiblit, son diabète est difficilement gérable, et ses deux enfants adultes, Robin et Berny se font un sang d'encre.
L'obésité fait peur, mais chez les Middlestein, on a toujours vécu avec. D'ailleurs, les chapitres du roman égrènent la courbe de poids d'Edie. Sauf qu'au pire moment, Richard Middlestein, le mari, décide de prendre la fuite. Ce départ, à un moment où son épouse doit se faire opérer, est très mal perçu. Lui y voit un acte…

Les lumières de Central Park, Tom Barbash

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Ed. Albin Michel, collection Terres d'Amérique, traduit de l'anglais (USA) par Hélène Fournier, octobre 2015, 300 pages, 22.9 euros.
Recueil de nouvelles.

Lignes de vies.
Tom Barbash part d'un constat simple: les êtres humains ne sont pas faits pour vivre seuls. Ils ont besoin de partager leur vie avec quelqu'un même si la relation est biaisée dès le départ.
Qui plus est, l'union de deux solitudes peut prendre différentes formes:  par exemple, une mère et son fils, une responsable d'un accident de voiture avec les parents de sa victime, ou encore un prof de tennis avec son protégé...

Les lumières de Central Park est un recueil de treize nouvelles qui se veut être le miroir des différents liens qui peuvent unir deux êtres. Sans jamais sombrer dans le pathos, Tom Barbash raconte les familles recomposées, les deuils, les amours naissantes et mourantes, les amitiés qui s'érodent avec le temps. A chaque fois, le lecteur sent un voile d'empathie et de bienveilla…

RUE DES ALBUMS (108) Le grand et le petit, Catherine Leblanc et Jean-François Martin

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Ed. Seuil Jeunesse, septembre 2015, 40 pages, 13.9 euros.

A deux.
Tout commence avec une histoire de construction de bateau. Le grand, avec son béret de marin sur la tête, est  sur le pied de guerre. Tout en s'organisant, il prodigue des conseils au petit, qui, bien sur, veut lui aussi construire son navire. "Tous deux commencent à travailler pleins d'enthousiasme", mais, très vite, la grande entente s'effiloche. Course  au meilleur, jalousie du petit sur le grand et réciproquement, agacement, font que les deux réalisations se font sous pression! Enfin, plutôt, les deux bambins se mettent une pression inutile et se comparent. Résultat, le bât blesse, et le petit, trop en colère, veut en venir aux mains, mais le grand préfère se sauver de l'atelier:
"Furieux, le petit se précipite vers le grand pour le frapper. Celui-ci le repousse. La colère du petit l'impressionne, mais il a peur aussi de sa propre force: s'il se mettait en colère à son tour, il…

Constellation, Adrien Bosc

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Ed. Le Livre de Poche, août 2015, 216 pages, 6.3 euros.
Grand Prix du Roman de l'Académie Française 2014

Fragments de vies
"Un concours infini de causes détermine le plus improbable résultat. Quarante-huit personnes, autant d'agents d'incertitudes englobées dans une série de raisons innombrables, le destin est toujours une affaire de point de vue. Un avion modélisé dans lequel quarante huit fragments d'histoires forment un monde."
Ne vous êtes vous jamais fait la réflexion, dans un bus, un train ou un avion, que les occupants formaient un échantillon d'humanité, et qu'à ce moment précis passé avec eux, nos destins étaient étroitement liés?

Adrien Bosc reprend un célèbre fait divers survenu en octobre 1949, qui doit surtout sa trace dans la mémoire collective au fait que, parmi les occupants de l'avion, se trouvait un certain Marcel Cerdan. Pourtant, le célèbre chiromancien Arista l'avait prévenu: "Évitez de voyager dans les airs, surtout l…

Les jeunes mortes, Selva Almada

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Editions Métailié, octobre 2015, traduit de l'espagnol (Argentine) par Laura Alcoba, 140 pages, 17 euros.
En quête de vérité.
Depuis 2008, 1808 femmes ont été victimes de meurtres. Pour la plupart, on ne connait ni le mobile, ni le coupable. Mais le féminicide est une pratique bien plus ancienne. Adolescente au moment des faits, Selva Almada se souvient de trois faits divers survenus dans les années 80 dont aucun n'a été résolu. Maria Luisa, Andrea et Sarita ont été tuées chez elle, à l'extérieur, ou ont disparu, sans qu'aucune piste sérieuse apporte des fragments de vérité.

Trente ans après ces tragédies, l'auteure décide de faire la lumière sur ces événements dramatiques:
"Telle est peut-être ta mission: rassembler les os des jeunes femmes, les recomposer, leur donner une voix pour laisser ensuite courir librement quel que soit l'endroit où elles doivent se rendre."
Par cette enquête, ce sont toutes les jeunes femmes disparues que Selva Almada tent…

J'ai vu un homme, Owen Sheers

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Ed. Rivages, août 2015, traduit de l'anglais (USA) par Mathilde Bach, 351 pages, 21.5 euros.

Roman miroir.
J'ai vu un homme est un titre énigmatique, ou en tout cas, réducteur. Car Owen Sheers dresse le portrait non pas d'un mais de trois hommes à des carrefours importants de leur vie. Tous sont étroitement liés par un fil d'Ariane presque invisible mais puissant. Tous ont vécu un événement dramatique qui les a reliés à jamais et va profondément les transformer.

 Tout au long de ce roman, l'obsession de l'auteur est de savoir si on se reconnaît toujours en s'observant dans le miroir. L'enveloppe physique est-elle en adéquation avec ce qui se joue dans la tête? Le calme apparent et l'affabilité ne sont-elles pas de bien maigres armures contre ce qui nous tourmente en privé?

"Lentement, il s'avança vers son image. Le rougeoiement de la lampe au sodium se déplaça vers son estomac puis sur son aine. Il se figea tout près de la fenêtre comme pour …

RUE DES ALBUMS (107) Radegonde et la Grand'Goule, Naïma et Anne Mahler

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Ed. Le Père Fouettard, collection Grain de Sable, octobre 2015, 32 pages, 13 euros.

Deux versions, deux points de vue.
"L'histoire est souvent racontée par les vainqueurs. Avec des ouvrages recto-verso présentant deux versions d'un même récit, conté par deux protagonistes, la collection Grain de Sable fait dérailler les rouages du prêt-à-penser. Ce grain de sable, à partir d'un petit rien, devient une perle de nacre, comme l'imaginaire d'un enfant qui se sculpte en douceur." Radegonde habite un village moyen-ageux qui vit dans la hantise des tempêtes et des pluies diluviennes.
"La Grand'goule sort alors de sa cachette et s'engouffre dans le labyrinthe des égouts. Elle rôde, immense, et cherche des humains à dévorer. Personne ne l'a jamais vraiment vue. On dit qu'il s'agit d'un dragon noir gigantesque."
En plus du déferlement de la nature, les habitants vivent dans la crainte du monstre. Croyance populaire? Rumeur? Vérité a…

A la poursuite du Grand Chien Noir, Roddy Doyle

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Ed. Flammarion Jeunesse, septembre 2015, traduit de l'anglais (Irlande) par Marie Hermet, 256 pages, 14 euros.
Illustrations de Chris Judge.

Sauver les grands!
Qui est ce grand chien noir qui se faufile dans les maisons de Dublin pour y répandre la tristesse et la résignation? Parfois gros nuage , parfois énorme bête aux crocs acérés se faufilant dans les rues, ses apparences sont multiples et toujours menaçantes.
La première fois que Gloria et Simon en ont entendu parler, c'est lorsqu'ils étaient cachés sous la table de cuisine à écouter la conversation des adultes. Depuis quelques temps, à la maison, les parents accueillent l'oncle Ben. Une aubaine pour les enfants, car Ben est un compagnon de jeu idéal d'habitude. Or, Ben n'est plus pareil, grand-mère dit de lui que "le Grand Chien Noir de la dépression s'est installé sur les épaules de ce garçon", pour ajouter ensuite: "C'est toute la ville qui est entrée en dépression. On voit tant …

Intérieur nuit, Marisha Pessl

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Ed. Gallimard, collection Du Monde entier, traduit de l'anglais (USA) par Clément  Baude, août 2015, 720 pages, 24.9 euros.

"Ashley était une sublime île cachée, une maison secrète perchée au bord d'une falaise, que seuls quelques privilégiés avaient le droit de visiter."

Ashley Cordova est morte, elle s'est jetée dans le vide, emportant avec elle son mal être et les secrets bien gardés de sa famille. Fille d'un illustre réalisateur oscarisé de films d'horreur, Stanislas Cordova, elle était un des rares témoins à savoir ce que devenait son père. Terriblement secret, personnalité opaque à souhait, Cordova est devenu un mythe vivant tant sa filmographie et sa conception du cinéma était à part.
"Cordova, plus qu'un simple excentrique à la Lewis Carroll ou à la Howard Hughes, était une personne qui suscitait dévotion et émerveillement chez un grand nombre de gens, un peu comme le gourou d'une secte."

Toute information sur Cordova est bonne à p…

Les nuits de laitue, Vanessa Barbara

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Ed. Zula, août 2015, traduit du portugais (Brésil) par Dominique Nédellec, 224 pages, 17.5 euros.

L'enfer, ce sont les voisins!
A force d'insomnies, on est prêt à tout essayer pour enfin dormir. C'est donc en toute confiance qu' Otto a ingurgité le remède de grand-mère, préconisé par son épouse Ada, et garanti 100% efficace: la tisane de laitue. Pas de chance, car au-delà du fait que le vieil homme éprouve maintenant une horrible aversion pour les légumes feuilles, il continue à passer des nuits blanches dans lesquelles, à défaut de repos, il ressasse ses souvenirs matrimoniaux ou repasse les minuscules événements de la journée.
"Il le savait pertinemment: ses dernières heures auraient un arrière goût de laitue, exactement comme ses nuits d'insomnie, ou quand ses copains s'endormaient. Exaspérantes, solitaires, absurdes. A tel point qu'il n'y avait pas de quoi pleurer."

Dans leur immeuble en haut de la colline, Otto et Ada menaient une existe…

RUE DES ALBUMS (106) Ma valise à pois, Valérie Weishar Giuliani, Sandra Solinet, Axelle Vanhoof

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Ed. Mijade, août 2015, 28 pages, 10 euros.

Changement à l'horizon...
"Jusqu'à l'année dernière, tout allait bien à la maison. Mais un jour... tout a changé."

L'album commence par cette petit phrase déclarative, qui, à première vue, pourrait sembler anodine, mais annonce de gros changements dans la vie de la petite narratrice.
Au début, cela a été de minuscules variations dans le quotidien, comme si papa et maman changeaient leurs habitudes. Avant les parents adoraient le mauve, et puis le père tout seul a préféré le vert zen... Avant, le lundi, c'était spaghettis au repas, et puis la mère a instauré les sushis... Rien de bien dramatique au départ, mais la petite sent bien que l'harmonie s'est brisée, et les disputes sont arrivées:
"Avant, Papa et Maman s'aimaient, ils s'embrassaient tout le temps. Mais un jour ils ne se sont plus trop fait de bisous. Ils ont même commencé à se chamailler très souvent."

Alors, pour retrouver l'…

Le fil, Sophie Lemp

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Ed. De Fallois, mai 2015, 93 pages, 15 euros.

L'art d'être grand-mère.
Il faut avoir son petit cœur bien accroché lorsqu'on commence ce récit, tant il nous renvoie à nos propres émotions, à nos propres souvenirs, à nos propres refoulements.

Après le décès de sa grand-mère, parce qu'il faut se résoudre à vider le petit appartement qui rassemble tant de souvenirs heureux, la narratrice exhume des carnets où son aïeule, de son écriture fine, mettait en mots ses émotions. Ces phrases, c'est le moyen pour celle qui reste de faire revivre un peu celle qui est partie, de maintenir le fil ténu qui les reliait:
"Quand je pense à elle aujourd’hui, deux images se superposent. Son corps, sans vie, ses bras maigres sous le cachemire rose, ses yeux clos. Puis l'autre, la vraie, la vivante, ses cheveux légèrement permanentées, ses ongles en amande, son nez qui rougissait lorsqu'elle avait froid."

Ces carnets, c'est comme un retour à la vie, aux souvenirs pro…