Constellation, Adrien Bosc

Ed. Le Livre de Poche, août 2015, 216 pages, 6.3 euros.
Grand Prix du Roman de l'Académie Française 2014

Fragments de vies


"Un concours infini de causes détermine le plus improbable résultat. Quarante-huit personnes, autant d'agents d'incertitudes englobées dans une série de raisons innombrables, le destin est toujours une affaire de point de vue. Un avion modélisé dans lequel quarante huit fragments d'histoires forment un monde."
Ne vous êtes vous jamais fait la réflexion, dans un bus, un train ou un avion, que les occupants formaient un échantillon d'humanité, et qu'à ce moment précis passé avec eux, nos destins étaient étroitement liés?

Adrien Bosc reprend un célèbre fait divers survenu en octobre 1949, qui doit surtout sa trace dans la mémoire collective au fait que, parmi les occupants de l'avion, se trouvait un certain Marcel Cerdan. Pourtant, le célèbre chiromancien Arista l'avait prévenu: "Évitez de voyager dans les airs, surtout le vendredi." Mais, c'est bien connu, "plus l'oracle est précis, moins on l'écoute, telle est la leçon de Cassandre."

Le Constellation qui s'est écrasé sur une île des Açores ne laissa aucun survivant. Forcément, Marcel Cerdan n'était pas seul, d'autres personnes ont péri, ayant eu aussi une vie, un destin. Alors, l'auteur se demande, à la façon d'André Breton dans Les Vases Communicants:
"La causalité ne peut être comprise qu'en liaison avec la catégorie du hasard objectif, forme de manifestation de la nécessité."
Quelles sont les hasards objectifs, les fils ténus qui ont reliés chacune des quarante-huit vies dans la carlingue du Constellation?

Adrien Bosc ne veut pas refaire une enquête; son livre ne se veut pas être une prosopopée, comme le second vol ayant eu lieu quelques jours après le drame pour tenter de comprendre les causes du crash. Il pose des questions, relie des points communs, des événements troublants, relate des fragments de vie, tels ceux de la violoniste virtuose Ginette Neveu,du chef d'entreprise Kay Kamen en partenariat commercial avec la firme Disney, ou encore ceux des jeunes bergers basques partis en quête d'aventure aux Etats-Unis.
"La fiction d'un je omniscient enfilant les vêtements des victimes comme l'on se glisse dans les costumes d'un petit théâtre d'époque n'existe pas." 

A force de rassembler des faits, des causalités, l'auteur propose une série de hasards objectifs plausibles. Le lecteur, lui aussi, est libre de mettre en place son point de vue.
Ni contre enquête, ni fiction à proprement parler, ce premier roman offre une perspective inédite sur un fait divers célèbre, et rend hommage à toutes ces constellations de vies, fauchées en plein vol.