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Articles

Affichage des articles du janvier, 2016

Domaine public (1) Clara Militch, Ivan Tourgueniev

Traduit du russe par Renée Alco ; écrit en 1883, 90 pages.

Récit d'un amour post mortem
En ce dernier samedi du mois, je ne saurais trop vous conseiller la lecture de cette nouvelle d'Ivan Tourgueniev, dont la lecture ne vous coûtera strictement rien, à part un moment de pur bonheur, puisque le texte fait partie du domaine public.

Vous y trouverez tout le sel de la narration du 19ème, remplie d'élans passionnés et d'amours contrariés. Car Clara Militch est surtout l'histoire d'un amour refusé ; celui d'une femme, artiste russe et fragile, pour le jeune Aratov, venu l'écouter lors d'une représentation, et intimidé par cet élan  inédit pour lui.
Paradoxalement, le geste désespéré de Clara va éveiller en lui un sentiment amoureux post mortem, et porter au paroxysme ses émotions.

La bibliothèque électronique du Québec vous propose le téléchargement gratuit du texte : http://beq.ebooksgratuits.com/vents/Tourgueniev-Claire.pdf

A part ça (5) OLNI: La femme défaite, Edith Soonckindt

La littérature inspire. Elle est une passerelle, un fil d'Ariane...OLNI : Objet Littéraire Non identifié 
Ed. Éléments De Langage, décembre 2015, 128 pages, 16 euros. La femme défaite est un roman, une œuvre de fiction, constitué certes à partir de lambeaux de souvenirs de l'auteur, mais en aucun cas une autofiction ou une biographie.
La femme défaite n'est pas non plus une pièce de théâtre comme pourrait le laisser entendre un aperçu rapide des pages. Non, rien de tout cela, car lorsqu'on rentre dans la narration, on s'imprègne tout de suite de ce dialogue ininterrompu entre un homme et une femme, qui, pour celui qui a déjà lu Duras, ressemble à celui d' Hiroshima, mon amour (Folio, 1972)
Un homme et une femme donc, quelque part. Ils sont (presque) amants, se connaissent peu, mais la présence de l'autre délie la langue et provoque une conversation, sorte de "mélopée incantatoire". Zara, qui signifie étrangère en hébreu, se définit comme "une f…

Ecoute le chant du vent / Flipper,1973, Haruki Murakami

Ed. Belfond, traduit du japonais par Hélène Morita, janvier 2016, 326 pages, 21.5 euros.

Matrice
Il a fallu trente-sept ans pour que Haruki Murakami autorise la publication de ses deux premiers romans, genèse en quelque sorte de son univers littéraire. C'est lui-même qui en a écrit la préface pour y expliquer son rapport si particulier avec l'écriture.
Tout est déjà là : les références musicales anglo-saxonnes, le personnage féminin, sorte de révélation incantatoire du narrateur, - qui prend ici l'apparence d'une femme avec quatre doigts à une main, et des jumelles indifférenciées -, le puits, comme refuge apaisant, ou encore la distanciation face aux événements inexplicables du quotidien.

Cet ouvrage est présenté comme les deux premiers tomes de la trilogie du Rat, clos par le roman La Course au mouton sauvage (Points Seuil, novembre 2013), surtout parce qu'il met en scène un des personnages phares de l'univers de l'auteur : le Rat. Au début des années 70…

Pristina, Toine Heijmans

Ed. Bourgois, janvier 2016, traduit du néerlandais par Danielle Losman, 383 pages, 18 euros.

Partir - Rester
Albert Drilling est un homme organisé, le fonctionnaire rêvé tant il est dévoué au service de sa hiérarchie. "Chasseur d'illégaux", il est en charge des dossiers les plus délicats, et pour cela, il a carte blanche si l'affaire est menée avec discrétion. Son métier est devenu une passion, et justifie plus ou moins son abord froid et méticuleux. Car Albert Drilling est avant tout un homme seul, sans ami, qui consacre sa vie à chercher la reconnaissance de ses pairs.

Dépêché sur une petite ile isolée au large des côtes néerlandaises pour localiser et renvoyer une migrante illégale, il croit que sa mission ne va lui prendre que trois jours. Il n'a qu'un nom : Circa Dosta, mais surtout la certitude que les insulaires vont se montrer coopératifs. Il se trompe.

La jeune femme ne s'appelle plus Circa Dosta. C'est Irin Past désormais, anagramme de Pris…

Je ne voulais pas être moi, Claude Arnaud

Ed. Grasset, janvier 2016, 176 pages, 17 euros.

Renaissance
 A quarante ans, Claude Arnaud est devenu le patriarche d'une famille... de défunts. Comment se reconstruire quand ceux qu'on aimait ont disparu ?

"Il ne faisait un qu'en présence de ses aînés.
A vivre à leur diapason, il avait acquis une réelle aptitude à se glisser dans la peau d'autrui".
Quand ses frères Pierre et Philippe étaient vivants, Claude n'éprouvait pas le besoin  de se forger une véritable personnalité. L'exemple de ses modèle lui suffisait, même s'ils avaient aussi leurs failles. Lorsque Pierre se suicida et  quand plus tard Philippe disparut en mer, le narrateur tenta de trouver la stabilité dans ses amours masculines, en vain.  Aimer, c'est se sentir vivant, or ses partenaires ne faisaient que le ramener à ses angoisses existentielles, avec l'impression persistante de tourner en rond.

"Je ne voulais pas être moi, enfant. Je n'ai plus envie d'être de cett…

A part ça (4) Religion et littérature

La littérature inspire. Elle est une passerelle, un fil d'Ariane...Parfois, au détour d'une page d'un roman, l'auteur n'hésite pas à donner son opinion personnelle. Ici, Stephen King et Pierre Assouline à propos de la religion en générale et de la foi en particulier.
Revival, Stephen King, octobre  2015, Albin Michel (traduction Nadine Gassie et Océane Bies)
       Stephen King file la métaphore de l'arnaque à l'assurance ...
Golem, Pierre Assouline, janvier 2016, Gallimard

         Pierre Assouline pense qu'il vaut mieux avoir un peu de religion en soi, plutôt que rien.
Deux auteurs, deux avis complètement différents sur le sujet, un débat sans cesse renouvelé...

Mrs. BRIDGE, Evan S. Connell

Ed. Belfond, collection Vintage, janvier 2016, traduit de l'anglais (USA) par Clément Leclerc, 432 pages, 16 euros.

Effleurer sa vie

Kansas City pendant l'entre deux guerres. India  fait le mariage dont elle rêve : elle  épouse un jeune avocat en devenir qui lui ouvre les portes vers une vie tranquille, sans problème d'argent, où elle pourra accomplir ses rêves de famille modèle. Car India est remplie de principes, parfois farfelus, et elle compte bien les transmettre à chacun de ses trois enfants, Ruth, Caroline dite Corky, et Douglas.
Comme son époux Walter passe le plus clair de son temps au travail, Mrs. Bridge passe ses journées au club, ou dans les magasins de décoration. Elle désire incarner la mère modèle, et veut que sa maison soit un exemple.
Blanche, bien née, elle se dit non raciste, mais exprime quelque réticence quand une de ses filles traîne avec la fille d'un employé noir. Selon elle, il ne faut jamais parler aux inconnus car ils sont source de danger …

Billet d'humeur (15) Trop c'est trop

En ce mois de janvier 2016, il y a un nom qui revient souvent, et il est bien vivant : Eddy Bellegeule, euh pardon Edouard Louis ! Comme la dernière fois, lors de la sortie de En finir avec Eddy Bellegueule(Seuil 2014), il fait les gorges chaudes des médias, et deux clans s'affrontent parmi les journalistes littéraires : ceux qui le classent déjà parmi les grands écrivains, et ceux qui font de lui un usurpateur à l'écriture alambiquée et indigeste. Toujours est-il qu'il ne laisse personne indifférent puisqu'on parle de lui ... Trop.
Car Histoire de la violence (Seuil,2016) fait de l'ombre médiatique aux autres livres de la rentrée littéraire de janvier.
De mémoire, en une quinzaine, j'ai lu l'article de Raphaëlle Leyris dans Le Monde des livres, celui de Laurent Nunez dans Marianne, celui d'Aude Ancelin dans Le Nouvel Observateur et enfin le succulent billet de Beigbeder dans Le Figaro. Et finalement, me revient ce sentiment que j'avais déjà eu en…

Golem, Pierre Assouline

Ed. Gallimard, janvier 2016, 272 pages, 19 euros.

En quête de
Psaume 139 16 :
"Quand je n'étais qu'une masse informe, tes yeux me voyaient ; 
Et sur ton livre étaient toujours inscrits
Les jours qui m'étaient destinés
Avant qu'aucun d'eux existât".

Gustave Meyer fuit. Grand maître échiquier international, il est soupçonné d'avoir tué son épouse, morte dans un accident de voiture étrange. Il est innocent, mais préfère s'évanouir dans la nature, plutôt que d'affronter la police :
" Il entrait dans sa nouvelle peau. Une sorte de clandestinité sans plus aucun papier. Il saurait faire face tout en restant de profil afin de ne pas faciliter l'identification".

Son épouse Marie tenait un blog pharmaceutique influent, régulièrement mis à jour, dans lequel elle n'hésitait pas à mettre en ligne des articles au vitriol sur les pratiques du milieu médical. En s'y intéressant, Meyer remonte une piste, celle de son ami et neurologue Klapman…

Le Poids du coeur, Rosa Montero

Ed. Métailié, traduit de l'espagnol (Espagne) par Myriam Chirousse, janvier 2016, 356 pages, 22 euros.

 Aimer - vivre - mourir
Rosa Montero a bâti son roman autour de cette réplique de Macbeth, citée en exergue :
"Ne peux-tu donc soigner un esprit malade, arracher de la mémoire un chagrin enraciné, effacer les soucis gravés dans le cerveau et, par la vertu de quelque bienfaisant antidote d'oubli, nettoyer le sein encombré de cette matière pernicieuse qui pèse sur le cœur ?"

Le lecteur retrouve l'héroïne de Des larmes sous la pluie, Bruna Husky, une réplicante (une rep pour les intimes) qui ressemble à s'y méprendre aux créatures inventées par Philip K. Dick dans  Les Androïdes rêvent-ils de moutons électriques ?, sauf que les humanoïdes de Montero supportent les animauxet sont capables d'émotions. En tournant les pages, on se souvient des réplicants de Blade Runner, le film de Ridley Scott (1982), surtout quand on apprend que l'obsession première de B…

A part ça (3) L'Atlantide éternelle

La littérature inspire. Elle est une passerelle, un fil d'Ariane... Je ne saurais trop vous conseiller la lecture de ce livre de René Treuil, professeur émérite de protohistoire égéenne à l'université Paris-I Panthéon-Sorbonne, édité en 2012. En 140 pages, il explique toutes les théories développées sur le mythe du continent perdu, tout en ne perdant pas de vue l'usage qui en a été fait au cinéma et en littérature. On sort de cette lecture l'esprit plus clair, certain d'avoir fait le tour objectif de la question. Et si vous restez encore sur votre soif de connaissance, Pierre Vidal-Naquet s'est aussi intéressé au mythe avec L'atlantide, petite histoire d'un mythe platonicien (Editions Points Seuil Essais, 2007)

Et leurs baisers au loin les suivent, Corinne Royer

Une nuit d'été, Chris Adrian

Ed. Albin Michel, traduit de l'anglais (USA) par Nathalie Bru, janvier 2016, 464 pages, 25 euros.

Féérie
Buena Vista Park est un parc de San Francisco bien pratique si on veut un raccourci pour se rendre de l'autre côté de la ville. En cette nuit d'été, trois personnes décident de le traverser pour se rendre à la soirée d'un certain Jordan Sasscock, médecin  très populaire. Ces trois là ne se connaissent pas, mais ont en commun une peine de coeur à la cicatrice non encore fermée.
Voilà, le lieu de l'action et les personnages sont posés: un parc en été, la nuit, et Henry, Molly et Will qui vont vers un même lieu, sans se connaître.

"Au sommet de la colline, juste au delà du seuil des perceptions humaines extraordinaires, une porte s'ouvrit dans la terre, laissant échapper une lumière aussi fine et chatoyante qu'un soleil automnal. La lumière, en ruisselant le long de la pente semblait apaiser tout ce qu'elle touchait (...) Des ombres venant du haut …

La femme au colt 45, Marie Redonnet

Ed. Le tripode, janvier 2016, 115 pages, 15 euros.

La vie est un théâtre
Lora Sander est une femme au bord d'un gouffre. Du haut de son perchoir, elle observe avec ses petites jumelles de théâtre la berge du fleuve qu'elle doit traverser pour atteindre le pays libre de Santarie.
Comédienne au Magic Théâtre dirigé par son mari Zuca, elle a dû fuir après l'arrestation de ce dernier. Son pays, l'Azirie, est une dictature, et il n'y a plus de raison pour elle d'y rester, surtout depuis que son fils unique Giorgio a rejoint la clandestinité en tant que combattant pour la liberté.

C'est donc seule que Lora prend la route. Seule, non, pas complètement, puisque son colt 45, offert jadis par son père, l'accompagne. "C'est mon colt maintenant qui est mon ange gardien", dit-elle à l'adresse du lecteur.
Car, Lora s'adresse directement à lui dans un long monologue, entrecoupé parfois de didascalies. Pourtant nous ne sommes pas dans une pièce d…

A part ça... (2) THE LEFTOVERS

La littérature inspire. Elle est une passerelle, un fil d'Ariane...

Depuis un certain 14 octobre, les chiens de Mapleton sont redevenus sauvages. Ils hantent le bois alentours en meutes, et s’approchent rarement de ceux qui furent jadis leurs meilleurs amis. Beaucoup pensent que c'est le Ravissement qui les a rendus dingues, car ils ont vu ce que les êtres humains n'ont pas eu le temps de voir. Ont-il senti la disparition inexplicable des 2 % de la population ? Ont-ils aperçu un détail, une lumière, ont-il senti un léger souffle effleurer leur truffe ? Maintenant, devenus un danger  potentiel, ces chiens sont des cibles de choix pour les chasseurs locaux, mais restent une énigme pour le chef de la police locale Kevin Garvey.

Kevin Garvey n'a perdu aucun des siens ce fameux 14 octobre, mais cela n'a pas empêché sa famille de se déliter. Son épouse Laurie a rejoint les CS (Coupables Survivants), son fils Tom est le protecteur d'une des épouses de Saint Wayne, et …

Deep Winter, Samuel W. Gailey

Ed. Gallmeister, collection Totem poche, traduit de l’anglais (USA) par Laura Derajinski, janvier 2016, 320 pages, 9.80 euros.

Sous la neige, des hommes
Pour Danny, paisible habitant de la bourgade de Wyalusing en Pennsylvanie, les jours passent et se ressemblent. De toute façon, il a horreur de l'imprévu car il est incapable de la gérer. Danny est débile léger, un attardé comme le disent certains. Tout le monde le connaît et sait pourquoi il est comme ça. Pour beaucoup, il a été un défouloir, maintenant, il est celui qu'on évite :
"Il laissait les gens tranquilles car c'est ainsi qu'il fallait faire. Il était différent de tous les autres, en ville. Il le serait toujours - il l'avait accepté. La plupart des gens le dévisageaient ou traversaient la rue s'ils le voyaient arriver sur le trottoir."

Pourtant Danny est incapable de violence, tout le monde en a conscience. Responsable de la laverie, il vit chichement dans une petite chambre au dessus du loca…

A part ça (1) le duo improbable !

La littérature inspire. Elle est une passerelle, un fil d'Ariane...
Deux auteurs, deux registres très différents pour ne pas dire aux antipodes, réunis pour former avec d'autres le jury Goncourt.

http://www.lemonde.fr/livres/article/2016/01/05/virginie-despentes-et-eric-emmanuel-schmitt-font-leur-entree-au-prix-goncourt_4842079_3260.html


Encore une Virginie "boulimique de livres" ...

REGARDS CROISES (20) Danse avec l'ange, Ake Edwardson

Ed. 10/18, collection Domaine Policier, traduit du suédois par Anna Gibson, novembre 2015, 892 pages, 14.90 euros.
Edwardson 2 en 1 : les deux premières enquêtes d'Erik Winter.

Regards croisésUn livre, deux lectures. En collaboration avec Christine Bini "Ce n'est jamais terminé et ce n'est pas fini" "Je suis un homme qui a une morale, mais je ne sais pas à quoi elle ressemble et ça n'a peut-être pas d'importance." Erik Winter, commissaire à Göteborg, cultive autant sa solitude que son snobisme. Amateur de cigares valant une fortune et de vêtements hors de prix, il assume avec un certain dédain sa fortune qui pourrait le dispenser de travailler. Pourtant, jamais il ne s'est posé la question de vivre de ses rentes. Il a besoin de se sentir utile, de "palper" la noirceur de la nature humaine lors de ses enquêtes.
Côtés relations, Winter est à la fois un chef apprécié et craint. Une énigme diront certains. Lui, fuit plutôt la dépendance …