Je ne voulais pas être moi, Claude Arnaud

Ed. Grasset, janvier 2016, 176 pages, 17 euros.

Renaissance


 A quarante ans, Claude Arnaud est devenu le patriarche d'une famille... de défunts. Comment se reconstruire quand ceux qu'on aimait ont disparu ?

"Il ne faisait un qu'en présence de ses aînés.
A vivre à leur diapason, il avait acquis une réelle aptitude à se glisser dans la peau d'autrui".
Quand ses frères Pierre et Philippe étaient vivants, Claude n'éprouvait pas le besoin  de se forger une véritable personnalité. L'exemple de ses modèle lui suffisait, même s'ils avaient aussi leurs failles. Lorsque Pierre se suicida et  quand plus tard Philippe disparut en mer, le narrateur tenta de trouver la stabilité dans ses amours masculines, en vain.  Aimer, c'est se sentir vivant, or ses partenaires ne faisaient que le ramener à ses angoisses existentielles, avec l'impression persistante de tourner en rond.

"Je ne voulais pas être moi, enfant. Je n'ai plus envie d'être de cette façon-là, aujourd'hui. Quelque chose en moi réclame une purge".
Cette "purge" va être un voyage en Haïti en compagnie d'un ami. Le soleil, la découverte d'une société complètement inconnue, les rencontres, lui permettent de se rendre compte qu'il est "l'unique responsable de son sort", et qu'il peut encore être heureux. Lui qui disait après la disparition de ses frères : "deux cadavres cohabitent désormais en moi (...). Je suis leur tombeau vivant", va renouer avec la vie grâce à une femme, une haïtienne aux boucles blondes, au sourire ravageur, Geneviève.
"Je suis fait pour survivre, elle pour vivre". Geneviève prend l'existence comme elle vient, s'émerveillant de tout. Claude tombe amoureux de cette personne retrouvée à Paris. Le "tombeau vivant" renoue avec les petits plaisirs du quotidien. Qui aurait cru que cet amoureux des hommes se reconstruirait auprès d'une femme ? Ironiquement, cette situation lui permet de déclarer qu'il est devenu un "self-made-man de la normalité", sans pour autant renier ce qu'il a été.

"C'est aussi un poison que de s'illustrer à travers un autre, d'être fécond par procuration. Je mets à nouveau mon moi en jachère sans être assuré de le retrouver intact."
Cette partie de sa vie est désormais du passé. L'auteur a vaincu ses démons, même ses questionnements d'écrivain sont balayés :
"Écrire en mon nom m'aurait longtemps paru réducteur ou trompeur, j'étais spontanément plusieurs".
Désormais, l'ambition et le succès sont secondaires depuis que Geneviève vit à ses côtés.

Dans Je ne voulais pas être moi, Claude Arnaud se livre sans fard, sans concession. Entre 1998 et 2010, la folie, les deuils, les amours malheureuses, les contrariétés littéraires ont ponctué son existence, et il a bien fallu faire le point pour ne pas sombrer. C'est un homme apaisé et heureux qui a écrit ce texte : un homme qui a accepté ses souvenirs et ose percer ses secrets.