Annihilation, Jeff VanderMeer

Ed. Au Diable Vauvert, mars 2016, traduit de l'anglais (USA) par Gilles Goullet, 224 pages, 18 euros.

La Trilogie du Rempart Sud, tome 1.


" Je marche encore et encore sur le chemin qui va de la frontière au camp de base. Ca prend du temps et je sais que ça en prendra encore plus au retour. Il n'y a personne avec moi. Je suis toute seule. Les arbres n'en sont pas les oiseaux n'en sont pas et je ne suis pas moi mais seulement quelque chose qui marche depuis très longtemps... "

Les quatre femmes scientifiques, une psychologue, une anthropologue, une biologiste et une géomètre, ont accepté de traversé la frontière pour se rendre en Zone X et cartographier le mieux possible ce no man's land.
La découverte d'une tour, ou plutôt d'un tunnel (puisque la tour s'enfonce dans le sol au lieu de s'élever dans les airs) va compromettre la mission. A l'intérieur, une entité biologique écrit sur la paroi une phrase en constante transformation. Même si le sens reste obscur, les mots transpirent la menace :
"Ignorer le côté inquiétant de ces mots suscitait un malaise tangible. Il contaminait nos propres phrases, celles que nous échangions en nous efforçant d'inventorier la réalité biologique de ce que nous voyons toutes les deux".

La Zone X semble être un cocon d'atemporalité. Un silence surnaturel y règne, et les paysages d'habitations en ruine rappellent un passé terrible. Le lecteur ne connaît pas les causes du désastre ; tout juste apprend-on que onze expéditions se sont succédées et qu'elles se sont soldées de manière désastreuses. Lorsque la biologiste découvre des carnets de notes, témoignages des missions passées, elle commence à entrevoir une réalité terrifiante.

Annihilation est un roman de science-fiction qui privilégie l'introspection. Le roman est écrit sous la forme d'un compte-rendu. L’emploi du JE met en avant une focalisation interne qui exclut finalement toute forme d'action. En cinq parties, le récit décrit un monde désolé où les hommes ont vécu autrefois mais qui, pour une raison mystérieuse, est devenu une zone interdite et dangereuse.

Jeff VanderMeer est avare d'explications. Le lecteur ne cesse d'émettre des hypothèses sans pour autant entrevoir l'ombre d'une réponse. A la longue, cela devient frustrant. Annihilation est le tome 1 d'une trilogie, mais ne lance aucune piste sur la suite des événements. Le secret est bien gardé. Pas de suspens, pas de procédé de mise en attente, mais un roman qui se suffit à lui-même et qui, du début à la fin, préserve son halo de mystère.

Posts les plus consultés de ce blog

Le Gardien des choses perdues

Une Chance minuscule, Claudia Piñeiro

RUE DES ALBUMS (126) Le bain de Berk, Julien Béziat