Billet d'humeur (17) Courir



J'ai longtemps dénigré la course à pied et aujourd'hui je ne sais plus pourquoi.

Un jour, la lecture ne m'a plus suffi. Elle apaisait mon esprit, mais pas mon corps. Mon horloge interne souffrait du manque soudain d'exercice. A ce moment là de ma vie, la course à pied s'est avéré la solution la plus pratique et la plus envisageable. Cela fait un an que ça dure, et je ne regrette rien.

Enfiler ses running, envisager le parcours, la distance, vous procurent déjà une sensation de bien être et d'évasion à portée de main. Vous savez que, pendant au moins une heure, vos soucis seront loin de vous. Quand je cours, je suis seule avec moi-même, et cela me fait un bien fou. Tout s'estompe, ne reste plus que le plaisir d'avancer à son rythme.

La course à pied est un sport à la mode. Le week end, nos villages sont envahis de coureurs aux couleurs bariolées ou fluorescentes qui se rassemblent parfois, le temps d'une course organisée. Mais cet engouement n'est-il pas symptomatique d'un mal être généralisé, d'un désir fou de s'évader, d'une volonté de tester ses propres limites ? Se mesurer aux autres est secondaire. Le Graal absolu est d'être capable de courir le marathon.

42,195 km, et cela depuis 490 avant JC, lors de la bataille de Marathon et l'exploit du messager Phidippides, qui courut d'une seule traite la distance entre le champ de bataille et Athènes pour annoncer la victoire aux Athéniens. La légende est tenace, l'exploit est beau, la volonté est de fer. De nos jours, terminer un marathon c'est devenir un finisher, et entrer dans le cercle restreint des marathoniens. C'est à la fois un exploit physique et psychologique.

La course à pied est aussi une drogue naturelle. Elle combat naturellement la dépression grâce à l'endorphine, une hormone naturelle sécrétée par le corps lors de l'effort endurant.

Courir me permet de faire le point, de relativiser. Je suis en réunion avec moi-même.


Alors, existe-t-il des points communs entre la littérature et la course à pied ? Bon nombre d'écrivains imaginent leurs chapitres à écrire pendant leurs séances d'entraînement. Si on n'écrit pas (ce qui est le cas de la majorité d'entre nous), on peut penser que les deux activités sont complémentaires. Le corps et l'esprit sont en équilibre parfait, prêts à affronter les soucis du quotidien.
Lire un roman de plus de cinq cents pages est un marathon de l'esprit. Lire certains écrivains réputés difficiles demandent autant d'efforts qu'une séance de course à pied.

"Une âme malsaine a besoin d'un corps en bonne santé", écrit Haruki Murakami, dans Autoportrait de l'auteur en coureur de fond (10/18), modifiant légèrement l'expression latine célèbre extraite de la dixième Satire de Juvénal, Mens sana in corpore sano (Un esprit sain dans un corps sain). Associer corps et esprit en leur apportant le bien être est fondamental, éloignant ainsi de fait le Burn outsyndrome étrange de l'épuisement professionnel. 
Tout cela c'est de la théorie, me direz-vous, de bien belles paroles, de bonnes idées qu'il n'est pas toujours facile d'appliquer.


On ne vous demande pas de courir un marathon pour vous sentir bien, comme on vous ne vous demande pas de lire Proust pour être un lecteur. Il faut simplement choisir la distance et le rythme qui vous conviennent le mieux. J'associe souvent les Droits du lecteur de Daniel Pennac aux principes fondamentaux de la course à pied. L'obligation est avant tout un terme à bannir.





Voilà ce que ça donne :

  1. Le droit de ne pas courir
  2. Le droit de sauter des étapes
  3. Le droit de ne pas terminer une séance 
  4. Le droit de recommencer le même parcours que la dernière fois
  5. Le droit de faire des mini-courses, du 10 km, du trail, du semi, ou du marathon
  6. Le droit de se comparer à Bernard Faure (Champion de France de Marathon 1982, avec un record personnel à 2h12min et 53s)
  7. Le droit de courir sur tapis de course, route, sentier, forêt, montagne ...
  8. Le droit d'essayer d'améliorer son allure
  9. Le droit de courir en écoutant de la musique
  10. Le droit de ne pas parler de course à pied

Les parallèles entre les deux activités sont nombreux et méritent réflexion.

La littérature et la course à pied soignent les blessures de l'âme.

Alors, lisez, courez, vivez !