La Compagnie des artistes, Chris Womersley

Ed. Albin Michel, traduit de l’anglais (Australie) par Valérie Malfoy, 370 pages, 22.50 euros.


1986 Melbourne. Tom a dix-huit ans et veut prendre son indépendance. Ça tombe bien puisque son père a hérité d'un appartement dans la résidence d'Art Nouveau de la ville, Cairo. Il va pouvoir s'y installer, trouver un petit boulot et entamer ses études supérieures.
A Cairo, ses voisins sont de gentils excentriques qui refont le monde la nuit sur fond de drogue et d'alcool, et hibernent le jour. Parce qu'il a reçu par erreur une lettre, Tom fait la connaissance de Max Cheever, musicien fantasque, beau parleur aux opinions tranchées, et marié à la magnifique Sally. Très vite, Max prend le jeune homme sous son aile et le présente à ses amis. Les études s'éloignent car Tom veut prendre le temps de profiter des moments passés parmi eux. De toute façon, Tom veut devenir écrivain, et pour écrire, quoi de mieux que d'accumuler des expériences.
"Pour être honnête j'étais enchanté d'être en cette compagnie. Leurs vies semblaient hermétiquement scellées, non corrompues par le reste de l'univers ni même assujetties à ses lois naturelles".


"Il est des périodes dans la vie qui nous marquent à jamais, des saisons ou des journées qui déterminent notre personnalité si totalement que c'est à l'aune de ces moments-là que le reste de notre existence se mesure, tout comme il existe peut-être une seule photo de nous à avoir saisi notre véritable moi".

Seulement, quand on refait le monde à longueurs de journées, il faut bien trouver un moyen de se procurer de l'argent. Alors, Max a une combine, une idée un peu farfelue en tête, qui ne pourra se concrétiser qu'avec le groupe et surtout avec le couple de peintre Edward et Gertrude. Son idée est folle, dangereuse, mais si elle réussit, ils pourront quitter l'Australie et couler des jours heureux en Europe. Max a trouvé un collectionneur d'art prêt à lui acheter La Dame qui pleure de Picasso s'il réussit à le voler au musée. Après le vol, Gertrude aura une semaine pour en réaliser une copie qui sera restitué au musée...
Parce qu'il est le seul du groupe à posséder une voiture, Tom est embarqué dans l'arnaque. Un brin naïf, il y voit une marque de confiance de la part de ses nouveaux amis, laissant de côté le danger potentiel du méfait. Il est prêt à tout pour eux.
"Ce fut seulement en rencontrant Max et ses amis que je compris, avec une joie féroce, que c'étaient
les gens que j'avais cherchés toute ma vie : ma tribu perdue".

La Compagnie des Artistes est un roman assez conventionnel dans sa trame. Le narrateur est Tom, plus âgé, écrivain accompli, qui raconte un épisode marquant de sa jeunesse qui lui a permis d'en tirer une leçon de vie qui le guidera par la suite : toujours démêler le vrai du faux, et se méfier des autres.
Le temps a patiné sa colère, son chagrin aussi, et c'est donc avec une certaine lucidité et du recul qu'il raconte l'arnaque de ce célèbre tableau.
On pourrait penser à un roman d'apprentissage puisque Tom sort grandi et plus mûr de l'expérience. Il serait plus juste de le considérer aussi comme un bon roman d'aventures, même si la fin semble un peu convenue.
Chris Womersley opère un virage à cent quatre-vingt degrés après le polar de La Mauvaise Pente et le registre fantastique des Affligés., mais on retrouve son style limpide et accrocheur, très bien traduit par Valérie Malfoy.