Le Faubourg : Les Ferrailleurs,2, Edward Carey

Ed. Grasset, avril 2016, traduit de l'anglais (USA) par Alice Seelow, 384 pages, 20.90 euros.
Illustrations de l'auteur.

Innovant




Clod Ferrayor et Lucy Pennant ont quitté le Château des Ferrayor et se retrouvent bien malgré eux dans le dédale des rues de Fillisham surnommé Fetidborough par ses habitants, tellement l'odeur des détritus y est prégnante et insupportable.
"Cette zone est dangereuse et délabrée, pleine de maux et de cruauté. Les gens du commun ne l'appellent plus aujourd'hui Filching, mais Fetidborough, autrement dit la cité immonde, parce que c'est un lieu nauséabond, un bourbier plein de miasmes et de corruption".

Ce quartier londonien est séparé de l'océan de déchets des Ferrayor par un gigantesque mur qui menace à tout instant de s'écrouler à cause de la pression exercée. Car, chez Edward Carey, il ne faut pas oublier que les objets ont une âme. Avant d'être ce qu'ils sont, ils étaient des personnes, et scandent leurs noms pour être entendus des Entendeurs. Clod en est un, mais avant de libérer les objets de la malédiction, il faut qu'il règle un problème bien plus urgent...

En sortant du Château, Clod est devenu un demi-souverain, et Lucy un bouton. Désormais, leur champ d'action est bien mince. Seul le Tailleur peut inverser le processus et leur rendre un aspect humain. Or, il est difficile à localiser, surtout que sa tête est mise à prix. Lui aussi a un travail à accomplir : tailler les êtres étranges qui sortent de l'usine de Bayleaf House. Là, contre quelques billets, des enfants y séjournent enfermés. La rumeur dit que leur souffle permettrait de donner vie à des pantins à la solde des Ferrayor :
"Ta famille les a confectionnés à partir de rebuts et des déchets du dépotoir pour les soumettre à ses ordres. Elles sont parmi nous, ces non-personnes, elles marchent parmi nous, autour de nous, elles sont partout. (...) Chaque respiration insuffle au mannequin un peu plus de vie, et au bout d'un moment il commence à respirer tout seul, en aspirant le souffle vital de l'enfant".

Un an après la sortie du tome 1, on retrouve avec plaisir l'univers étrange et gothique d'Edward Carey. L'action se déplace au delà des murs des Ferrayor, même s'ils restent au centre de la narration. On en sait un peu plus sur les relations entre les objets et les êtres humains. Clod, personnage effacé dans le premier livre, prend de l'assurance, et guidé par son amie Lucy Pennant, il décide de libérer les enfants esclaves de Bayleaf House.
"Il fallait que je le fasse, que j'arrête ce trafic. J'en avais la force. Je finirais peut-être avec cette horreur. J'invoquerais toutes les choses qui ont des voix, elles viendraient à moi, j'en serais le maître".
Côté illustrations, on reste dans la même veine, avec une présentation à chaque chapitre des personnages, par des portraits en nuances de gris assez fascinants.
Réduits en esclavage, poussés par la pression de la mer de détritus, les habitants de Fetidboroug se révoltent, mais n'est-ce pas trop tard ?

La chronique du tome 1 ICI !