Les Réponses, Elizabeth Little

Ed. 10/18, colection Domaine Policier, mai 2016, traduit de l'anglais (USA) par Julie Sibony, 504 pages, 8.80 euros.
Titre original : Dear Daughter


Jane Jenckins est une It girl, entendez par là une fille harcelée par la presse people et les paparazzi non pas à cause de sa carrière artistique, mais pour ses prouesses amoureuses et ses excès en tout genre. Or, un soir, elle se réveille près de sa mère, tuée par plusieurs balles de gros calibre. Ses souvenirs sont confus, et son attitude détonne.
"Quand je pense à la nuit où ma mère est morte, c'est essayer de triturer une vieille antenne télé pour capter un lointain signal. De temps en temps, un vague quelque chose apparaît à l'écran, mais le plus souvent j'arrive juste à avoir le grésillement et un mur de neige impénétrable".
C'est vrai qu'elle avait affirmé haut et fort qu'elle voulait la voir morte, mais c'était sur le coup de l'énervement, rien de bien sérieux... Et puis, sa mère, la très fortunée Marion Elsinger, avait sûrement de vrais ennemis, bien plus dangereux que son "occasion manquée" de fille.
Bref, cela fait dix ans que Jane purge sa peine, inculpée du meurtre de Marion. Elle n'a pas perdu son sens de la réplique, mais a décidé de moins se disperser pour enfin comprendre ce qui s'est réellement passé. Justement, elle doit sa libération prématurée à une bourde du laboratoire scientifique qui a falsifié des preuves. Ni une ni deux, elle s'engage à suivre la maigre piste trouvée lors de ses recherches en fouillant dans le passé familial.

La libération de Jane fait les choux gras de la presse nationale. Alors que chacun s'acharne à recueillir un témoignage qui permettrait de la localiser, la jeune fille, déguisée et sous la fausse identité de Rebecca Parker, se rend à Ardelle, petite commune jumelle du village oublié d'Adeline, où justement Marion aurait grandi. Elle sent que c'est là que se niche la vérité sur l'assassinat de sa mère. Seule étrangère dans un lieu où tout le monde se connaît, elle va devoir compter sur son sens aiguë de la répartie, son flair, et de nouveaux indices pour débusquer le véritable responsable.

Elizabeth Little, contre toute attente, signe un roman drôle car l'héroïne, habituée aux répliques qui font mouche, doit lutter sans cesse contre sa véritable nature et devenir sympathique aux yeux des gens, afin de ne pas attirer l'attention. Mais, sa réflexion intérieure est intense ; c'est une tempête sous un crâne, ce qui permet d'avoir un second récit en complet décalage avec l'enquête menée.
Les Réponses est construit comme un polar classique. La trame narrative serait assez linéaire si elle n'était pas mise en attente par des coupures de journaux, des retranscriptions de SMS, des extraits d'articles de Wikipédia, de blog, de chat, de guide touristique ou encore de journal intime. Ces coupures sont utiles à l'enchaînement logique des faits, et étoffe les éléments de l'enquête.
Pourtant, aux deux tiers du roman, le rythme s’essouffle. Le lecteur a l'impression que Jane/Rebecca tourne en rond. plus rien n'avance, et les considérations sur la famille, les médias, les mensonges  sont répétés inutilement. Heureusement, Elizabeth Little sort de l'impasse par une fin en forme de pirouette, sauvant ainsi son premier roman d'un marasme annoncé. De ce fait, l'ensemble reste prometteur, plaisant à lire, et bien écrit.