Billet d'humeur (20) Le jour où j'ai (presque) terminé Purity de Jonathan Franzen


Il ne me restait que 75 pages, soit 1/10éme de ce roman.
Et puis le livre m'est tombé des mains ; les aventures de Pip, Andreas, et Adam ont eu raison de ma patience et de ma bonne volonté.

Franzen et moi, c'est une longue histoire. Je crois avoir commencé tous ses romans et les avoir tous arrêtés systématiquement avant la centième page. Blocage ? Sans aucun doute. Suis-je une mauvaise lectrice de dire que je n'arrive jamais à comprendre les incipit à rallonge de cet auteur ?

Bref, mai 2016, sortie de Purity aux Editions de L'Olivier. Comme d'habitude, les quelques articles qui me tombent sous le nez à propos du roman sont dithyrambiques, et placent Franzen dans le top 10 des auteurs contemporains à avoir lu. Je suis une élève disciplinée, docile, je me dis donc que mon blocage Franzen vient forcément de mon inaptitude (notoire ?) à ne pas apprécier la très bonne littérature. Encore une fois, qui suis-je donc pour juger qu'un texte est mauvais quand les journalistes dits spécialisés l'encensent ?

Juillet, le roman s'offre à moi, délaissé dans le coin nouveautés de la médiathèque que je fréquente. C'est un signe, il m'attend ! Je suis prête, pleine de bonne volonté. Les 750 pages ne me font pas peur, et la quatrième de couverture, même si je sais par habitude qu'elle est souvent un piège, présente un intérêt certain.
50 pages, 100 pages, la vie de Purity, alias Pip, affublée d'un prénom dont elle a honte, d'une mère écolo, barge et fauchée, d'un père inconnu, et d'une dette dantesque de 130 000 dollars contractée pour payer ses études, ne me laisse pas de marbre, alors je continue. Pip est jeune, torturée, et cherche à rebondir.
"Et ce souvenir était à présent lié au mot pureté, pour elle le mot le plus honteux de la langue, car c'était son prénom. A cause de lui, elle avait honte de son permis de conduire, du PURITY TYLER à côté de sa tête maussade, et remplir n'importe quel formulaire était une petite torture. Le nom avait eu l'effet inverse de celui voulu par sa mère en le lui donnant. Comme pour échapper à son poids, elle s'était donné une image dépravée au lycée, à laquelle elle restait fidèle aujourd'hui en désirant le mari d'une autre". (p.73-74)
Déjà, je me glorifie : je tiens le bon bout, le voilà enfin le Franzen que je finirai !

La seconde partie consacrée à Andreas Wolf m'agace un peu, mais comme il est censé être celui qui va sauver Pip de ses déboires financiers, je m'accroche. Et puis, lui aussi a ses petits secrets honteux à la Portnoy, une enfance en Allemagne de l'Est, et a été capable du pire pour une femme, Annagret. Alors, je me dis que la troisième partie risque d'être fort intéressante...

Mouais, la magie Franzen commence à s'estomper. Pourtant je n'ai vraiment rien à dire du côté de la traduction d'Olivier Deparis, claire, travaillée, bref faite pour ne pas alourdir un texte déjà bien rempli de digressions. Voilà, le mot est lâché : ce sont les digressions contenues dans ce roman qui tuent ma patience à petit feu. Les ramifications à rallonge amoindrissent mon intérêt pour le récit. Je retrouve ainsi ce que j'ai toujours reproché à l'auteur dans ses autres romans, genre, "mais où veut-il en venir ?".
Néanmoins la singularité du couple Tom- Leila et leur approche du journalisme d'investigation me permettent d'avancer sans trop d'anicroches.

Même si le roman a pour titre éponyme l'héroïne du roman, il lui faut trouver un autre intérêt que les personnages. Et si c'était les médias, les journaux papiers contre les informations divulguées via internet ? Andreas Wolf est célèbre ; il doit sa richesse au Sunlight Project, un lanceur d'alertes à qui on doit quelques scandales croustillants.
" Le Project, c'est l'opposé d'une secte. C'est l'honnêteté, la vérité, la transparence, la liberté. Les gouvernements qui pratiquent le culte de la personnalité sont ceux qui le détestent". (p.33)
Certes, ce côté là est intéressant mais il est un contexte parmi d'autres soulevés dans le roman. En plus, au bout de 600 pages, on devine quelle est l'identité du père de Pip sans pour autant que ce soit le Sunlight Project qui ait réussi à dévoiler quoi que ce soit...
Du coup, je retourne du côté des personnages, tentant de leur trouver un regain d'intérêt. Point commun : ils ont tous un cadavre caché dans leur placard, et cherchent inexorablement une porte de sortie qui les dédouanera de leur culpabilité. Plus on avance, mieux on comprend les liens les unissant, mais rien ne se résout vraiment. Purity reste Pip, ce qui nous fait invariablement penser au Pip des Grandes Espérances de Charles Dickens. Elle  évolue certes, mais on ne peut pas encore parler de maturité.
Nous ne sommes pas dans un roman d'apprentissage, mais dans celui des secrets bien gardés à l'heure du boom d'internet. A travers les pages, Franzen élabore, une large réflexion sur la société d'informations, ses évolutions, ses contraintes, ses limites, et surtout sa dématérialisation. Pour exemple, le passage relatant l'histoire de la fausse bombe H sortie d'un centre militaire par un des employés, montre à quel point on fait ce qu'on veut à partir de rien. Andreas apparaît comme le démiurge de ces nouvelles règles du jeu médiatique, et forcément, le monsieur a un ego surdimensionné.
"Si bénéfique fût son travail, le Sunlight Project à présent fonctionnait principalement comme une extension de son ego. Une usine à gloire se faisant passer pour une usine à secrets. Andreas laissait le Nouveau Régime l'ériger en modèle d'inspiration pour illustrer son ouverture, et en échange, quand c'était inévitable, il protégeait le régime de la mauvaise presse". (p.597)

Purity est un trait d'union, un fil d'Ariane bien malgré elle, engagée dans une histoire qui la dépasse largement. Franzen se sert d'elle pour mettre à plat sa réflexion sur la fiction qui consiste, selon lui, à apporter davantage de questions que de réponses. Hélas, à force de trop m'en poser, j'ai laissé tomber avant la fin. Dommage.

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