La Maison au bout du monde, Ake Edwardson

Ed. 10/18, septembre 2016, traduit du suédois par Rémi Cassaigne, 480 pages, 9.10 euros.
Titre original : Hus vid världens ände


A love supreme


Une maison isolée au bout d'une rue, sur une presqu'île, au point que même la pauvre lumière du jour a du mal à s'y poser.
A l'intérieur, une famille avec trois enfants, enfin presque puisque le père est souvent absent plusieurs jours de suite pour raisons professionnelles. Or, maintenant son absence semble lui avoir sauvé la vie puisqu'on retrouve la maman et ses deux aînés tués à l'arme blanche.
La petite dernière, Greta, quelques mois seulement, a survécu mais elle est sévèrement déshydratée. Pourtant quelques jours ont passé avant la découverte des corps, ce qui prouve que quelqu'un est bien venu pour que la petite survive...

Cette affaire hors norme rompt les vacances prolongées d'Erik Winter en Espagne où il s'est réfugié avec femme et enfants. Depuis un accident au cours d'une enquête dans laquelle il a failli y laisser la vie, Winter vit avec des acouphènes qui ne lui accordent aucun répit. Reprendre du service lui permet de ne plus se focaliser sur son nouvel handicap, et repartir en Suède, c'est aussi s'éloigner de sa mère à la santé alarmante.
"Mais son avenir était ici. C'était sa décision. C'était lui qui décidait. C'était ses murs, ses couloirs, son bureau, sa vue. Son groupe. Ses chasseurs."

L'enquête de proximité ne donne rien, sauf peut-être un voisin un peu louche qui en sait plus que ce qu'il dit. Alors Winter et son équipe s'intéressent de près à un homme venu dans la maison pour y acheter un chiot, et qui semble être le dernier à avoir vu la famille vivante. L'auteur insiste d'ailleurs sur ce profil puisque le roman commence avec lui. Des années de chômage en ont fait un citoyen raciste, misogyne, mais surtout, perdu.
Sauf que, forcément, ce serait bien trop facile si cette piste était la bonne....

On fouille dans l'intimité des victimes et de l'entourage, on déterre des secrets familiaux, on rencontre des personnalités border line sous couvert d'un paraître parfait, bref tous les ressorts du roman policier à suspens sont utilisés, et l'ensemble est plutôt bien mené.
Erik Winter, avec le temps, est devenu plus humain. Danse avec l'ange, le premier roman de Ake Edwardson, décrivait le commissaire comme un personnage froid, sûr de lui, indépendant et cynique. A la cinquantaine, il est devenu un homme marié, père de famille, et le cynisme a laissé place à une forme de désabusement à propos de la nature humaine. Désormais, il est moins statique, et fait équipe avec ses collègues.
" - Ça s'appelle le mal, mais je ne sais pas ce que sait, dit-il. J'ai consacré ma vie à essayer de comprendre, mais je n'y arrive pas. Un petit peu par-ci, un petit peu par-là, mais c'est tout.
  - Comprendre ? Tu es forcé de comprendre Erik ? C'est surhumain.
  - C'est justement mon boulot. Sous -humain est sans doute un meilleur mot.
  - Fais le boulot, mais tâche de  garder le reste à distance. Le boulot suffit. Ça suffit que tu arrêtes ce monstre.
  - Monstre ? 
  - Comment diable l'appeler sinon ?"

La Maison au bout du monde est un polar bien ficelé où on pose les questions de l'existence d'un gène de l'assassin, de l'absence, du mobile, du bien fondé de l'expression "nature humaine", sans pour autant y trouver des réponses, comme si finalement il n'y en avait pas, les débuts de réponses se modifiant perpétuellement.

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