La vie du bon côté, Hada Keisuke

Ed. Philippe Picquier, août 2017, traduit du japonais par Myriam Dartois-Ako, 144 pages, 16, 50 €
Titre original : Scrap an Build

Premier roman de l'auteur publié en France, ce titre a reçu l'équivalent du Goncourt, soit le Prix Agutagawa. Il dépeint la relation à la fois tendre et éprouvante entre un petit-fils et son grand-père contraint de vivre chez sa fille.

C'es systématique, quand une personne se présente devant lui ou le questionne, le grand-père se plaint et réclame même la mort ! Pourtant, son petits-fils Kento l'a déjà vu déambuler sans souci dans les couloirs de l'appartement familial !
Le vieil homme a usé chacun de ses enfants par ses jérémiades et cela fait trois ans que la mère de Kento supporte le vieux bougon. Même les séjours temporaires en maisons de santé ne permettent à personne de souffler. En plus, Kento est toujours à la maison depuis qu'il a démissionné de son dernier emploi.
"Être condamné à passer le temps sans rien pouvoir faire était vraiment l'enfer songea-t-il (...) Dans l'état lamentable qui était le sien ne pouvait-il vraiment rien entreprendre ".
Alors, il prépare en candidat libre le concours de notariat et passe ses journées entre sa petite-amie et son programme de musculation. A force d'entendre le vieil homme lui répéter qu'il est un boulet et qu'il désire mourir au plus vite, Kento décide de l'aider à son insu.
Il veut mourir, et bien soit, aidons-le le plus naturellement du monde ! Pour cela, il suffit de le rendre de plus en plus dépendant et l'empêcher de fournir le moindre effort. A son âge, son corps se détériorera plus vite et le répit éternel tant souhaité arrivera enfin.

Pourtant, au fil du temps, le jeune homme se pose des questions sur les réelles motivations de son grand-père. N'est-ce pas une posture pour attirer l'attention afin qu'on s'occupe de lui ? En tout cas, cela marche, car depuis que le vieil homme montre des signes de fatigue, Kento, lui, est de plus en plus motivé par les défis qu'il s'est posé. Et si paradoxalement c'était son grand-père qui lui donnait du courage et de la motivation ?
"Malgré tout, ce moment quotidien de la journée qu'il consacrait à son grand-père était davantage une source de sérénité que de stress. Il avait beau échouer à ses entretiens d'embauche et ne pas avoir un sou, il se sentait valorisé. Il dormait sur ses deux oreilles, était capable de marcher, de courir même, et de porter des charges lourdes ; quand il tombait malade il guérissait vite. il avait une belle peau aussi. Côtoyer son grand-père lui avait permis de prendre conscience de tout cela."

La vie du bon côté témoigne de la difficulté à prendre en charge la population vieillissante du Japon. Les listes d'attente en maison de retraite étant trop longues, il n'est pas rare que les familles décident d'accueillir l'aïeul au sein du foyer. Or ce choix chamboule tout : les habitudes, l’organisation et même nos perspectives.
Keisuke Ada raconte le télescopage de deux générations et leurs conséquences au quotidien. Kento refuse de devenir comme son grand-père mais prendre toute la mesure de l'existence à ses côtés, et l’aïeul reprend goût à la vie en voyant son petit-fils prendre soin de lui ; lui aussi un jour a été un jeune homme en pleine forme et en pleine possession de ses moyens.
"Mais pour l'instant en tout cas, il jouissait de la force nécessaire pour continuer à se battre dans un enfer blanc privé de jour comme de nuit. Il l'avait appris de son aïeul. Même au fond du trou, quand on n'arrive plus à s'en sortir, la seule chose à faire est de continuer à se battre."
L’auteur privilégie les dialogues et les scènes intimistes pour bien marquer la relation entre les deux personnages. Point de violence, point d'hypocrisie, seulement le constat que le temps passe toujours trop vite.


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